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A chaque hiver qui revient j'ai une pensée tendre pour tous ceux qui me sont chers et qui vivent loin de moi. A vrai dire, c'est moi qui vis loin d'eux et au lieu de me prendre par la main et de déménager une fois de plus, je reste ici au fin fond de ma Sibérie natale et je me désole. Et c'est un bon choix. Pierre qui roule n'amasse pas mousse, et je suis comme elle: je ne laisse ni trace ni vide. En revenant vivre en France je serai à nouveau une étrangère qui doit faire son trou et avec l'âge c'est de plus en plus difficile, pas à cause d'un manque de souplesse relationnel de la part de mes amis français mais parcequ'ils ont tous un noyau solide de copains, de famille, de relation. N'empêche, je repense aux soirées de discussions passionnées, quand nous étions jeunes et enflammés, sûrs de pouvoir changer quelque chose, sinon le monde; je repense avec tendresse aux vieux canapés défoncés et aux bûches de bois crépitant dans les cheminées, aux châtaignes, aux soupes à l'oignon, aux larges tranches de jambon du pays. Et puis j'apprends que Guy a quitté la région, que Paul a déménagé, que Jean Michel a fugué etc... etc... Et le dicton se confirme: la seule constante dans la vie c'est le changement. Et c'est merveilleux bien sûr. Même ceux qui étaient comme de ma propre famile sont partis, vers un ailleurs meilleur et ils ont bien mérité ce départ: tous les deux avaient près de 100 ans chacun. Raconte-moi ta famille et les nouvelles vies de tes enfants. S'il te plaît Jean Laurent, raconte-moi ce qu'il y a de nouveau dans la tienne. Et garde-moi au chaud au plus profond de ton coeur généreux et bon.
Vassilina Praskovia