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" J'en ai marre de l'école."

Samedi matin je suis allé faire le marché en ville. J'ai rencontré une ancienne collègue à la retraite comme moi. Nous avons commencé à discuter et échanger quelques nouvelles de nos vies respectives sans élève. Un jeune parent dont ma collègue avait eu les enfants lorsqu'elle exerçait encore s'est approché de nous. Visiblement il avait envie de parler avec nous et de ne pas en rester aux échanges de politesse:
"Bonjourcommentallezvousetcette retraiteçasepassecommentlesenfantsnevousmanquentpastrop ".
Dès que ma collègue lui a demandé comment allaient ses enfants il a déroulé le fil de tout ce qui ne va pas avec eux et avec les enseignants qui nous ont remplacé. Je me suis tu et j'ai écouté parce qu'au fur et à mesure qu'il parlait il me renvoyait à moi-même il y a une quinzaine d'années quand   deux de mes quatre enfants ont « décroché » de l'école. Le discours ambiant actuel " rien ne va plus, tout fout le camp, c'était mieux avant " je n'y crois pas beaucoup pour ce qui est de l'enseignement. Et la querelle des anciens contre les modernes je n'ai pas trop envie d'y participer. Les jeunes enseignants ne font ni mieux  ni pire que les anciens qui ne faisaient ni mieux  ni pire que leurs aînés. Chaque époque a rencontré ses difficultés et ses problèmes. Ses enfants ne rencontrent pas des difficultés à cause des profs ou des méthodes. Les propos de ce jeune père se résumaient au fait suivant:
 " Mes enfants ne veulent plus aller à l'école. Ils en ont marre."  Il le vit très mal. Il lui faut absolument un responsable, un coupable, quelqu'un sur qui passer son énervement, sa déception, sa frustration. Il aime ses enfants, il aime leur mère mais on sent en lui une sourde colère: il jetterait bien tout le monde comme on jette un produit de consommation qui n'apporte plus de satisfaction. Seulement voilà un enfant ce n'est pas un canapé ou un congélateur ou une voiture. On ne change pas d'enfant comme on change de chemise. Il lui faudra faire avec ses enfants et longtemps encore. J'ai fait comme lui et je suis passé par là où il passe. J'ai tenu les mêmes propos, j'ai eu les mêmes réactions. En me souvenant de ce que j'ai si souvent entendu quand j'étais convoqué au collège ou au Lycée pour mes « drôles » et aussi sans doute un peu par provocation j'ai dit à ce jeune père " Ô vous savez vous n'en avez pas fini. Avec les enfants on n'en finit jamais d'avoir des problèmes et puis vous savez bien que les chats ne font pas des chiens." Je voulais relativiser la gravité de la situation de ses enfants et lui rappeler que je savais - nous vivons dans une petite ville de campagne où tout le monde connaît tout le monde sur deux ou trois générations- qu'il avait  quitté l'école très tôt pour se lancer dans la vie active où il  a très bien réussi. A trente cinq ans il est propriétaire d'  une jolie maison  avec un joli jardin et trois vrais chiens "d'ornement", il a deux jolies voitures, deux jolis enfants en très bonne santé, un garçon, une fille,  quatre VTT, deux quad, un pour les enfants, un pour les adultes, un canapé en cuir véritable, un écran plat au salon, une télévision à la cuisine, une télévision dans la chambre des enfants qui ont en plus un ordi et une console de jeu en libre accès jour et nuit. Ce jeune père travaille dur. C'est un vaillant. Il part de bonne heure le matin. Il rentre tard le soir. Parfois il est en  déplacement pour son boulot. Son épouse travaille loin de leur domicile et a des horaires changeants. ( De matin, d'après-midi, de soir ). Elle fait un peu moins de 100 kms par jour aller et retour pour se rendre sur son lieu de travail.  Depuis leur naissance leurs enfants ont passé beaucoup de temps avec les nounous, les atsem, les instits. Leur rythme de vie est le suivant: de 7h20 à 18 h 45 garderie/ecole/cantine/école/garderie et le mercredi et les jours de vacances le Centre de Loisirs toute la journée. Les grands parents sont loins. Les week-ends parents et enfants sont encore en sur-régime et sur-activité: week-end à la neige ou la plage selon les saisons, randonnées VTT ou compétition Quad. Ces parents et ces enfants n'ont pas une minute à eux. Ils sont en permanence en train de courir pour le travail, pour l'école ou pour les loisirs. Ce n'est pas une vie. Les enfants sont sains et ont une saine réaction: " J''en ai marre de l'école". Et peut-être pas que de l'école. Même si au niveau matériel ils ont tout ce qu'il faut  pour être heureux  ils ne le sont pas.  Je trouve que ces enfants  et leurs parents ont une vie dure.  J'espère qu'ils vont trouver un jour enfin le  temps  de ne rien faire et de  regarder pousser  les fleurs et d'aller à la découverte d'eux mêmes. J'ai fait comme eux il y a une quinzaine d'années. Mais je sais comme disent les Anglais qu'on ne peut pas mettre une vieille tête sur de jeunes épaules alors je n'ai pas osé lui dire  «  Vous allez vous épuiser à courir après le bonheur qui est pourtant au fond de votre coeur et qui ne demande qu'à jaillir ». Aujourd'hui  moi non plus je n'ai pas fait mieux que lui quand j'avais son âge mais j'ai acquis la conviction qu'à  mener une telle vie on finit  par passer à côté de l'essentiel: la vie intérieure et la satisfactions de nos vrais désirs à nous et pas  de ceux que nous fabriquent les marchands de bonheurs artificiels et éphémères..

Notes de lecture:

" Nos coeurs sont endurcis pas tant à cause de la perversité de notre nature que parce que nous sommes trop tournés vers l'extérieur, trop orientés vers le monde, trop préoccupés par nos ambitions et la poursuite de nos futilités. Le remède à l'angoisse de l'homme moderne, c'est l'inhabitation. Dans l'incessante poursuite de l'argent, du pouvoir, du succès, du plaisir, les hommes et les femmes modernes s'épuisent dans une quête décevante. Ils font fausse route. Ils ont perdu le sens du vrai désir. " ( On peut je pense remplacer le mot inhabitation par âme )

" Le Voyage intérieur"
Cardinal Jean Margéot - Monseigneur Robert Le Gall
Presses de la Renaissance, 2007, page 127 
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A
merci mr lugardon mon fils est allé chercher le livre je l'ai commencé,et j'ai senti des petites phrases assassines non pas des professeurs mais des parents trop inquiets a mon sujetque vas tu faire..........des soeurs trop protectrices.........qui empechent de vivre et de se realiser........merci........il aura fallu la rencontre d'un moine benedictin merci bonne journee
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