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Le jour s’achève dans un brouillard de poussière. La route devient encore plus risquée. Le soleil, bas sur l’horizon est aveuglant. Beaucoup de ceux qui circulent à cette heure d’affluence à vélo, mobylette ou moto, portent un masque pour se préserver des particules en suspension. Le « nasara » curieux de photos que je suis peste contre le manque de netteté et, cependant, tout baigne dans une improbable lumière rosée. Dommage !
Pierre, en conducteur prudent, décide d’attendre que le soleil soit couché : nous faisons halte au « Foyer du Gabelou », tout près du poste de douane, où nous boirons une « Brakina » fraîche et bienvenue.
Depuis plusieurs jours souffle le vent d’Est, l’Harmattan. « Ce n’est pas normal » disent les gens, « en janvier il n’y a pas de vent. C’est seulement en février » Changement climatique, ici aussi ? Ce vent qui vient du fond du continent souffle tout le jour et génère des nuages de poussière en passant sur les vastes étendues asséchées par l’absence de pluie depuis cinq mois. Les pluies, elle ne reviendront qu’en mai ou juin, si tout va bien.
Le vent soulève en poussière la terre d’Afrique. Je pense au récit de la Genèse : « L’Eternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant » (1)
Le vent est masculin, imprévisible, capable de caresses et de brutalité. Il porte et disperse les pollens et les semences.
La terre est féminine, stable, génitrice. C’est elle qui accueille et fait grandir la vie, qui la nourrit.
Ne suis-je pas sur ce vieux continent où Tumaï, notre ancêtre, s’est levé, il y a sept millions d’années, du côté de l’Harmattan ?
Retour aux sources. Retrouver ses racines profondes…
Je suis venu ici avec ma culture d’européen occidental, mes questions : pourquoi le développement est-il si difficile en Afrique ? Comment se fait-il que 46% de la population du Burkina Faso n’ait que 38 centimes d’euro pour vivre chaque jour ? Et la scolarisation… 51% des filles seulement vont à l’école primaire. L’ascenseur social est en panne : 0,7% d’enfants de parents non scolarisés parviennent à être cadres…(2) Je reste avec mes questions sans réponse, aveuglé par la poussière qui s’attaque à l’objectif fragile de mon appareil photo numérique… Pas très adapté !
La nuit est venue, rapidement. Le vent est la poussière sont tombés et nous arrivons au rendez-vous fixés par les amis chez l’un d’entre eux. Avant toute chose, chacun prend le temps de demander et de donner les nouvelles : la famille, le village, les événements. Ainsi, tout se sait, très vite. Le téléphone portable a bien épousé la tradition orale de l’Afrique. Les opérateurs de télécom ne s’y sont pas trompés… Des plats de viande grillée sont apportés. Qui a commandé ? Je ne sais pas. Accueil, partage, c’est normal. Avant de manger, une courte prière : « Nous te remercions, Seigneur, pour tous tes bienfaits ». Tes bienfaits ? Sans doute pas la richesse ou la puissance, peut-être pas la santé dans un pays où le Sida et le paludisme font des ravages… Quels bienfaits ?
La seule confiance : en Dieu qui est source de vie, et dans le frère qui est à côté de moi, dont j’ai besoin pour vivre et qui a besoin de moi. Solidarité vitale.
N’a-t-il pas fallu aux troupes qui suivaient Moïse quarante années d’erreurs et d’errance dans le désert pour reconnaître cela et devenir le Peuple de Dieu ?
Retour aux sources. Retrouver mes racines profondes.
Un petit quart de lune se lève, très clair, comme cette belle fraternité à savourer.
(1) – Genèse 2,7. Traduction Second.
(2) Actes du colloque Justice et Paix : « la justice sociale et la paix au Burkina Faso : quelle contribution de l’Eglise Catholique ? » Ouagadougou 6-9 novembre 2006