Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Privilégier l'écrit sur l'image.

Publicité

Point de vue.

La répression de l’immigration illégale telle qu’elle est conduite
par le Ministre de l’Intérieur et les divers procédés qu’elle met en
oeuvre -opérations « coup de poing » dans les quartiers habités par
les migrants, contrôles au faciès, interpellation des enfants dans les
écoles, convocations-pièges au guichet des préfectures- évoquent
inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années
noires de 1940-1944 et le sombre souvenir des persécutions antisémites.

Bien entendu, sitôt que ce parallèle est explicitement énoncé, les
protestations fusent pour souligner son caractère incongru. Les deux
situations n’auraient, assure-t-on, rien de comparable, et leur seul
rapprochement serait une insulte à la mémoire des victimes de
l’extermination.
Voire... Assurément, il existe entre les deux épisodes des
différences considérables, et il serait absurde de les nier.
Cependant, sitôt qu’on cherche à les cerner de façon précise,
il apparaît qu’elles tiennent presque exclusivement au rôle des occupants allemands :
terriblement présents et actifs en 1942, ils ont -fort heureusement- disparu en 2006.
En revanche, si l’on considère le comportement des autorités
françaises, les similitudes sont manifestes.
En premier lieu, la présence de certaines personnes sur notre sol
est constituée en « problème », et tous les esprits « raisonnables »
s’accordent pour estimer que ce problème exige une solution. En 1940, une
large fraction de l’opinion, débordant de très loin les frontières de
l’extrême-droite, reconnaissait la réalité d’une « question juive
 » en France, même si des divergences profondes existaient quant aux
réponses à lui apporter. De même, de la droite à la gauche, nos
dirigeants proclament d’une même voix que l’immigration illégale met
en péril nos équilibres sociaux et notre identité, et qu’il faut donc
la refouler, les désaccords ne portant que sur la méthode.
En second lieu, les solutions envisagées passent toutes par
l’expulsion partielle ou totale des personnes jugées indésirables.
En 1942, cette expulsion prend la forme d’une livraison aux autorités occupantes.
En 2006, les intéressés sont renvoyés dans des pays dont certains sont
soumis à des dictatures impitoyables, dont d’autres sont ravagés par la
guerre civile, dont tous sont marqués par le sous-développement, le
sous-emploi et la pauvreté. Bien entendu, le résultat final est
infiniment moins tragique aujourd’hui qu’hier, mais ce qui est
caractéristique, c’est que, dans les deux cas, l’administration
française se désintéresse entièrement de ce résultat : littéralement,
ce n’est plus son affaire. On a soutenu qu’en 1942 les autorités
françaises ignoraient le sort réservé aux Juifs par les nazis :
peut-être, mais leur ignorance même était le résultat d’une décision
réfléchie : elles ne voulaient pas le savoir. Il en est exactement de
même aujourd’hui : ce qui compte pour le gouvernement, c’est de se
débarrasser des hommes, des femmes et des enfants concernés ; sitôt la
frontière franchie, il ne s’estime plus responsable de rien et les
abandonne à leur destin en toute indifférence.
Pour expulser les gens, il faut d’abord s’assurer de leur personne.
Nous retrouvons ici la gamme des procédés que j’évoquais en
commençant. C’est que dans ce domaine les analogies résultent de la
nature des choses ; la chasse à l’homme, surtout lorsqu’elle est
assortie d’objectifs chiffrés, implique l’utilisation d’un certain
nombre de techniques : rafles, convocations-pièges, interpellation des
enfants dans les écoles, internement administratif. Quelles que soient les
populations ciblées, le recours à ces techniques est inéluctable dès
lors qu’on prétend à l’efficacité. Il faut d’ailleurs admettre
que, sur ce point, le Ministre de l’Intérieur n’a guère innové par
rapport à ses prédécesseurs de l’époque de Vichy et de la guerre
d’Algérie et la police française n’a eu qu’à puiser dans ses
archives pour retrouver les bonnes vieilles méthodes.
En quatrième lieu, la mise en oeuvre de la répression et les dérives
qui l’accompagnent suscitent inévitablement des protestations de caractère
moral ou humanitaire. Face à ces protestations, la riposte des
responsables est la même, en 2006 comme en 1942, et elle est double :
d’un côté, les autorités, nous disent-elles, ne font qu’appliquer la
loi, et les protestataires s’entendent reprocher leur incivisme. Par
ailleurs, pour désarmer les oppositions, les autorités introduisent des
distinctions à l’intérieur de la population frappée par la
répression. En 1942, le gouvernement de Vichy déclarait séparer le cas
des Juifs français, dont il prétendait vouloir sauver au moins la vie, de
celui des Juifs étrangers, livrés pieds et poings liés à l’occupant.
De même aujourd’hui, Maître Arno Klarsfeld, l’ineffable médiateur
promu par le Ministre de l’Intérieur, insiste sur l’opportunité
d’opérer un tri, une sélection, entre les familles qui ont des attaches
avec la France et celles qui n’en ont pas, l’expulsion de ces
dernières n’appelant aucune objection de sa part.
Entre 1942 et 2006, les éléments de continuité sont donc nombreux,
et il est d’autant plus légitime de les mettre en évidence que, comme les
historiens l’ont aujourd’hui démontré, la politique anti-juive du
gouvernement de Vichy ne lui a nullement été dictée ni imposée par
l’occupant, même si elle comblait ses voeux. C’est d’eux-mêmes et
spontanément que le gouvernement, l’administration et la police de Vichy
ont offert et apporté leur concours aux autorités allemandes, notamment
sous le prétexte proclamé de préserver la souveraineté de l’Etat sur
le territoire national : ils ne sauraient donc excuser leur conduite au nom
de la contrainte ou de la « force majeure ». La comparaison est donc
légitime avec la politique présente, dont l’origine « française »
n’est pas discutée.
Si les événements suivent leur cours actuel, il est vraisemblable
que les analogies iront jusqu’à leur terme et que, dans trente ou quarante ans,
des cérémonies de repentance seront organisées pour déplorer et
désavouer la politique d’immigration pratiquée actuellement. Plutôt
que d’attendre un tel dénouement, ne serait-il pas préférable de
renforcer dès aujourd’hui la résistance à cette politique, en
attendant d’y mettre fin dès que l’évolution de l’opinion le permettra ?
Emmanuel Terray
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Pour compléter cet excellent article d'Emmanuel Terray et du même auteur. Et pour ouvrir un autre regard sur le discours ambiant...<br /> Nous sommes nombreux vivant aujourd'hui en France à être issus de l'immigration parce que nos parents ou nos grands parents ont été délibéremment recrutés pour venir travailler en France afin d' effectuer des travaux qui ne trouvaient aucun autre exécutant et nous nous sommes très bien intégrés.....<br /> Première proposition : L’ouverture des frontières provoquerait un raz-de-marée de nouveaux immigrants. En réalité jusqu’en 1974 les frontières étaient ouvertes, et le monde n’était pas - bien loin s’en faut - plus riche qu’à présent ; or, pendant cette période, aucun déferlement ne s’est produit ; au contraire les entreprises françaises envoyaient en Kabylie dans les Aurès et dans l’Atlas de véritables missions de racolage pour recruter leur personnel. De même lorsque le Portugal et la Grèce sont entrés dans la CEE, leurs ressortissants n’ont pas envahi notre territoire : pourtant leur niveau de vie était très inférieur au notre. C’est que la thèse de l’invasion suppose que la misère économique est le moteur exclusif de la migration. Or il n’en est rien. Les causes de la migrations sont beaucoup plus complexes et font toujours intervenir une culture, des traditions particulières : c’est ce qui explique que certaines régions d’Afrique ou d’Asie font partir de très nombreux migrants alors que des régions voisines, tout aussi pauvres, n’en font partir aucun. Au surplus, la migration suppose un minimum de ressources matérielles et morales, et l’extrême misère la rend le plus souvent impossible. Ainsi, la volonté de "s’en sortir", l’esprit d’aventure et d’entreprise sont des motifs de départs au moins aussi répandus que la misère. En tout état de cause, la plupart des migrations prennent place entre pays du Sud. En conséquence, même si la mondialisation - déclarée inéluctable par nos dirigeants - entraîne une croissance régulière de la migration, on est loin des raz-de-marée annoncés. Deuxième proposition : Il est possible de contenir la migration par des mesures de contrôle administratif et policier. En réalité, à une époque où plusieurs millions d’étrangers franchissent chaque année nos frontières pour les motifs les plus divers, comment repérer parmi eux les vingt ou trente mille personnes qui sont décidées à demeurer sur notre sol, même au prix de l’illégalité. Sauf à reconstruire autour de l’Europe une barrière équivalente à ce que fut le Mur de Berlin, l’éradication de l’immigration illégale est une tâche impossible : au prix de dépenses très lourdes et souvent au péril de leur vie, ceux qui veulent entrer finissent un jour, dans leur grande majorité, par entrer. Et les accords de réadmission avec les pays d’origine n’y changeront rien ; car la décision d’immigrer est en règle général une décision individuelle ou familiale, et ne relève jamais de l’Etat ; celui-ci n’a donc que très peu de prise sur la migration. Troisième proposition : L’ouverture des frontières est impossible en période de chômage et elle menacerait nos grands équilibres économiques et notre protection sociale. De telle craintes reposent sur une analyse économique erronée et sur une conception fausse de la psychologie des migrants. Elles supposent d’abord que le marché du travail est unifié et homogène ; or nous savons bien au contraire qu’il est cloisonné, et qu’il y a quantité d’emplois et de travaux dont les Français ne veulent pas (BTP, restauration, nettoyage, services etc.). L’arrivée des étrangers dans ces secteurs ne prend donc le travail d’aucun Français. Ces craintes supposent de même que le travail et les revenus qu’il engendre forment une quantité fixe : plus les candidats au travail seraient nombreux, moins grande serait la part de chacun et il faudrait donc limiter leur nombre. Depuis Keynes, la pensée économique s’est débarrassée de ces thèses malthusiennes : c’est la demande globale qui fait la croissance et l’emploi. Or les migrants, légaux ou illégaux sont à la fois des producteurs et des consommateurs ; à ce double titre, ils augmentent la demande, et alimentent la croissance, d’autant plus que notre pays n’a pas eu à supporter la charge de leur formation. Enfin, contrairement à une image trop répandue, les migrants ne viennent nullement en France dans un esprit de parasite ou d’assisté : ils veulent réussir, gagner leur vie, aider les leurs, et ne demandent qu’une chose : c’est de pays leurs impôt et leurs cotisations sociales. Quatrième proposition : Pour tarir la migration, il faut développer les pays d’origine. Ici la réponse est double : il faut certes aider au développement des pays d’origine mais, à court et moyen terme, cela ne tarira pas la migration. En effet, l’expérience montre qu’au moins à court et moyen terme, le développement s’accompagne, non pas d’une diminution mais d’un accroissement du volume des migrations. Le fait est facile à comprendre : le développement c’est la passage d’un système de rapport économiques et sociaux archaïques à un autre système, plus moderne. Or ce passage ne s’accomplit pas en un jour. Pendant une première phase, les production traditionnelles reculent, les anciens rapports sociaux se désagrègent, les communautés sont déstabilisées et l’exode rural s’accélère, tandis que le nouveau système ne se met en place que peu à peu : ainsi surgit un moment de flottement et de jeu pendant lequel les liens qui fixent l’individu au sol se relâchent : beaucoup profitent de cette mobilité nouvelle pour tenter l’aventure de la migration. La stabilisation n’interviendra que plus tard, lorsque le nouveau système sera stabilisé et hégémonique. En conséquence, aidons le développement - en sachant que l’argent expédié par les migrants à leurs proches et une des formes les plus importantes et les plus efficaces de cette aide - mais n’en attendons pas de miracle en matière de migration. Pour conclure, seule une critique résolue du discours dominant permettra d’élaborer une autre politique de l’immigration, à la fois réaliste et juste. Réaliste, parce qu’elle prendrait acte du fait que la migration est une réalité incontournable, et qu’il est vain de prétendre l’interdire. Juste, parce qu’elle prendrait acte du fait que la libre circulation est un droit, et qu’il faut en conséquence, non pas la supprimer, mais l’organiser au service de tous les acteurs concernés. Emmanuel TERRAY, CMiL. Septembre 2005
Répondre