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Qu'il est difficile d'aimer.

Virginie aura trente ans dans quelques jours. Elle est la maman d'une magnifique petite Claire qui a eu huit mois la semaine dernière. Virginie a arrêté de travailler pour allaiter Claire. Cet enfant elle l'a voulu. Elle lui a donné la vie. Elle lui donne le sein jour et nuit depuis huit mois. L'adolescente révoltée et dure, la jeune femme autoritaire et insouciante, a laissé la place à une jeune maman pleine de bonne volonté et désireuse de bien faire, attentive aux moindres faits et gestes de son enfant .


«  Cet enfant je l'ai voulu et désiré. Comment ne pas tout lui donner maintenant qu'il est là? D'abord elle! » La mère et la fille ne peuvent pas se passer l'une de l'autre. Claire ne peut pas rester bien longtemps sans sa mère et pour l'instant elle ne peut pas s'endormir le soir sans le contact physique, charnel, viscéral avec sa mère. Il lui arrive parfois de s'endormir seule dans la journée mais le soir jamais. La relation mère/fille est fusionnelle.


L'entourage familial s'interroge. N'est-ce pas excessif? La mère va-t-elle « tenir la distance » ? Ne va-t-elle pas s'épuiser à être ainsi à l'écoute de son enfant jour et nuit? Claire n'est-elle pas en train de « manger » sa mère au sens propre et figuré? Ne serait-il pas temps de commencer à mettre un peu de distance entre la mère et la fille? Le temps n'est-il pas venu de mettre un frein aux exigences de Claire? Et de lui manifester son désaccord quand par exemple elle hurle comme une sirène parce que sa mère ne la sert pas assez vite ou ne répond pas à ses exigences ou parce qu'elle la contrarie par des tentatives pour lui mettre des débuts de limites?


Pour l'instant, pour Virginie, la réponse est non! Elle ne supporte pas d'entendre pleurer Claire. Elle ne supporte pas aussi l'idée que sa fille puisse ne pas l'aimer ... « Elle est petite. Elle a besoin de moi. » dit-elle à ceux et celles qui essayent de lui faire remarquer que l'enfant c'est Claire et que l'adulte c'est Virginie, que c'est à l'enfant à obéir et pas à l'adulte.


Lorsque l'entourage familial interroge Virginie sur ce qu'elle compte faire dans les mois et les années à venir la réponse ne varie pas : «  M'occuper de Claire. Il n'est pas question qu'elle aille chez une nounou ni en crèche ni à la maternelle à deux ans. » Et si on poursuit la discussion viennent vite des reproches à l'égard de sa mère pour avoir travaillé au lieu de s'occuper d'elle et pour l'avoir mise très tôt en maternelle.


Je me demande parfois si Virginie ne passe pas d'un extrême à l'autre. J'ai souvent envie de lui dire: «  Attention! Le trop et le peu gâtent le je. » Et je m'interroge: Virginie aura-t-elle d'autres enfants? Claire ne va-t-elle pas poursuivre sa vie d'enfant unique, d'enfant roi comme c'est si souvent le cas dans notre société d'aujourd'hui? Dans quinze ans sera-je encore de ce monde pour entendre Claire reprocher à sa mère de s'être trop occupée d'elle et d'en avoir fait une princesse tyranique?


André Lugardon.


Notes de lecture:


« Depuis cette fameuse phrase "l'enfant est une personne", les parents se sont mis à traiter l'enfant comme un adulte en lui demandant tout le temps ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas…oubliant que si l'enfant est bien une personne, il est une "petite personne" qui ne doit pas imposer son mode de vie à la famille ! » (Christiane Olivier, psychanalyste) .

(...)

Les parents culpabilisent et l'enfant devient un enjeu affectif. Il est alors facile pour ce dernier de jouer de cette corde sensible. Dès les premiers mois, le tout-petit cherche à satisfaire son "Moi", les autres n'existent que pour satisfaire ses besoins, il fait alors l'expérience de sa toute puissance. Entre 2-3 ans et 8-9 ans, l'enfant échafaude des stratégies pour asseoir sa volonté. La prise de pouvoir est progressive mais inéluctable si l'enfant ne rencontre pas de résistances.

(...)

« L'enfant tyran ne se définit pas par la gravité de ses actes, mais par la multitude de petits acquis quotidiens au détriment de l'autorité de l'adulte ». (Didier Pleux). Les parents capitulent et deviennent des "collaborateurs" croyant acheter ainsi acheter une paix précaire au prix de renoncements successifs. Ils mettent en place des stratégies d'évitement et ne s'aventurent plus à demander quoique ce soit à leur enfant à moins d'être certain de la réponse. De l'enfant gâté à l'enfant roi, et de l'enfant roi à l'enfant tyran les étapes se franchissent très rapidement et chaque renonciation de la part des parents ne fait que préparer le terrain pour un nouvel abandon.

(...)

Le nombre d’enfants uniques ne cesse d’augmenter.

(...)

Mon enfant, ce héros ou ce tyran domestique?

(...)

"Famille nombreuse, famille heureuse" chantait le groupe les Négresses vertes. Les enfants uniques ont longtemps souffert d’une mauvaise image, mais aujourd’hui, alors qu’une femme sur trois n’a qu’un seul enfant, les mentalités évoluent. Alors, règne de l’enfant roi ou avènement de l’enfant alibi ?

(...)


Source: http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2003/mag1024/ps_7152_enfants_roi_tyrans_capitulation.htm


Bibliographie:

"Enfants-rois, plus jamais ça" de Christiane Olivier, Editions Albin Michel, 2002,
Prix : 14,90 €uros.
"De l'enfant roi à l'enfant tyran" de Didier Pleux, Editions Odile Jacob, 2002,
Prix : 22,50 €uros.


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A
<br /> <br /> Le cancre<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Il dit non avec la tête<br /> Mais il dit oui avec le coeur<br /> Il dit oui à ce qu'il aime<br /> Il dit non au professeur<br /> Il est debout<br /> On le questionne<br /> Et tous les problèmes sont posés<br /> Soudain le fou rire le prend<br /> Et il efface tout<br /> Les chiffres et les mots<br /> Les dates et les noms<br /> Les phrases et les pièges<br /> Et malgré les menaces du maître<br /> Sous les huées des enfants prodiges<br /> Avec des craies de toutes les couleurs<br /> Sur le tableau noir du malheur<br /> Il dessine le visage du bonheur.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Jacques Prevert<br /> <br /> <br /> <br />
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U
 <br /> « À vol d'oiseau, les parents d'aujourd'hui paraissent de drôles de bêtes. Sur le chemin du sens, inquiètes, elles cherchent des repères. Leurs gestes saccadés, leurs yeux en alerte, rappellent les girouettes en quête de la direction du vent.Des bêtes égarées aux réflexes déconcertants et aux principes contradictoires, lasses de ne pas trouver un lieu de repos, de consolation où reprendre leur souffle. Des bêtes généralement dévouées au demeurant, quoique inconséquentes en face de leurs enfants. Parents surprotecteurs et souvent aussi, parfaitement irresponsables et démissionnaires; géniteurs assoiffés de conquêtes, de réussites en tous genres et inévitablement avares du temps consacré à leur portée, à son élevage. À un moment ou à un autre, invariablement, un des parents vomit sa fatigue, claque un burn out ou une super déprime. Le rapport au travail est insensé et maladif. En cette fin de siècle glaciale, c'est le bouffe-tout par excellence, le vampire qui suce nos amours et nos familles pour nourrir son credo: productivité, compétitivité, consommation. Quand on se retrouve exclu du cénacle des travailleurs-consommateurs, on est mort socialement.Bien sûr, il ne faut pas trop généraliser. La meute parentale ne peut être analysée comme un seul troupeau compact et homogène. Vingt pour cent des familles vivent des problèmes importants. Des problèmes de violence, d'abus, de mépris. De fugue, de drogue, de désir d'autonomie mal transmis ou mal reçu. Mais, comme dit le proverbe chinois «aucune famille ne peut accrocher cet écriteau à la porte de sa maison: Ici, nous n'avons aucun problème».Le problème sans doute le plus récurrent des bêtes de ma génération est de ne pas avoir bien compris, ni bien enseigné, le sens des responsabilités, de l'effort, de l'autonomie respectueuse. D'avoir fait mine de choisir l'amour comme principe fondateur de nos relations et de lui accorder un intérêt de façade, englué de pensée magique. De drôles de bêtes, en effet, les Baby-boomers malgré eux. J'insiste sur le malgré eux. Ils n'ont pas demandé à naître en 1950 en Occident capitaliste.Actuellement, au nom du nécessaire conflit de générations à réactiver, on dit n'importe quoi à propos de cette génération bouc émissaire, on accuse pour se donner des airs de réfléchir. Nous sommes à l'ère des coupables. J'ai hâte, personnellement, que nous passions à l'ère des responsables: de nos amours, de nos familles, de notre travail, de la démocratie. On a tellement tendance à accuser la génération des baby-boomers de tous les maux et à l'amener à se braquer devant la mauvaise foi de l'attaque qu'on oublie que les parents malhabiles et malheureux qui s'y trouvent sont bien davantage victimes (et complices aussi) de l'époque que de leur incompétence personnelle.Les parents d'aujourd'hui, de 30 ans comme de 50, doivent élever leur portée avec les valeurs dominantes qu'ils ont eu souvent la faiblesse de gober un peu rapidement parce qu'elles faisaient moderne. L'idéologie dominante... domine. Il faut un tempérament de saumon pour nager à contre-courant. Essentiellement, nous sommes ce que nous consommons, bien plus que la somme des liens sociaux ou affectifs de qualité que nous entretenons.Comme toutes les générations à toutes les époques, les parents de ma tranche d'âge sont des êtres humains capables du pire et du meilleur. On leur en veut parce qu'ils ont voulu, au sortir de l'adolescence, «changer le monde» et n'ont réussi, dans le meilleur des cas, qu'à l'adoucir par endroits. Les enfants ne sont plus des êtres par essence à dresser, à éduquer dans l'humiliation et le silence. Les mères ne sont plus que des bobonnes qui carburent à l'abnégation et au don de soi mal digéré, des victimes complaisantes, les trois quarts du temps. Les pères ne sont plus les héros silencieux ou les justiciers du soir qui frappaient quand les enfants avaient dépassé les bornes maternelles, les supermen de pacotille. Les choses ont changé, là aussi. Les familles sont en évolution depuis cinquante ans au moins. Les parents des baby-boomers, eux-mêmes, avaient commencé à vivre en famille différemment de leurs propres parents.Nous sommes à l'ère des parents mutants, c'est vrai, des familles en pleine révolution structurelle, bien sûr, mais surtout en quête de sens."<br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Ariane Émond<br /> <br /> <br /> <br /> <br />  (journaliste indépendante. Aux éditions VLB, elle a publié des chroniques, sous le titre Les ponts d'Ariane.)<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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P
http://utopie.viabloga.com/news/1126.shtml
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L
Remarques intéressantes et j'avoue n'avoir jamais pensé jusqu'à maintenant à cet aspect des choses.<br />  <br /> A.L
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U
"Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur comme un destin…"<br /> <br /> L'arrivée d'un enfant peut être un de ces éléments qui finit par arriver comme un destin pour nous dire ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même et de nos proches...........et moins on veut savoir et plus on abandonne et on perd pour soi et pour les autres.
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