" Je lis. Je crois lire. Chaque fois que je relis, je m'aperçois que je n'ai pas lu. C'est l'ennui d'une lettre. On y trouve ce qu'on cherche. On s'en contente. On la range. Si on la retrouve, à la relire on en lit une autre qu'on n'avait pas lue. Les livres nous jouent le même tour. S'ils ne correspondent pas à notre humeur présente nous ne les trouvons pas bons... Ce que le lecteur veut, c'est se lire. En lisant ce qu'il approuve, il pense qu'il pourrait l'avoir écrit. Il peut même en vouloir au livre de prendre sa place, de dire ce qu'il n'a pas su dire, et que selon lui il dirait mieux. Plus un livre nous importe, plus mal nous le lisons... Nous sommes tous malades, et ne savons lire que les livres qui traitent de notre maladie. C'est le succès de livres qui traitent de l'amour, puisque chacun croit être le seul qui l'éprouve."
"Ce que le lecteur veut, c'est se lire."Bon. Voici une phrase à penser supplémentaire... !En fait, il me semble que cela peut être vrai. Que cela vaut pour la majorité des lectures. Et notamment pour celles des lettres. Dans le cas de mails cela est pire car la lecture en est souvent transversale. Relire devient alors une rigueur absolument nécessaire autrement, nous passons à côté de nuances primordiales.En ce qui concerne les ouvrages, il me semble que l'idée de Cocteau ne fonctionne pas pour les livres offerts : ces derniers nous parlent de la personne qui offre, aussi, et nous obligent justement à sortir de la projection que nous attendons de la lecture.De la même manière, un livre en langue étrangère, par le dépaysement qu'il propose, requiert une autre dimension : nous allons plonger et chercher à plonger dans "autre chose", justement. Nous abstraire du miroir. Même si ce que dit Cocteau est fascinant, la reception du livre ne correspond pas forcément à notre humeur : à notre disponibilité et à notre état de repos, surtout, non ? Proust se lit en vacances, comme beaucoup de "grands". Sinon, comment les appréhender paisiblement en goûtant leurs méandres ou mots ? En revanche, Anna Gavalda conviendrait aux soirs d'hiver et de lassitude.Les mains me rappellent quand mon père m'emmenait à son bureau et que je pouvais photocopier les miennes. Cela me fascinait : les empreintes, les lignes révélatrices du destin, les stries marquées par la machine et la machine même... tertiarisation, poids du papier, papier copié, recopié, dupliqué et parfaitement inutilisé... mais gonflé d'importance, dans l'économie post-industrielle.