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The times they're a changing. (*)

Jusqu'à l'an dernier je pensais que ce qui n'avait pas changé dans le monde c'était mon village natal et surtout la croix à l'intersection des trois routes qui le traversent. D'après les érudits locaux c'est une construction qui remonte au temps où les Anglais occupaient l'Aquitaine. C'est un vaste assemblage de pierres taillées avec une base très large et arrondie surmontée d'une croix en pierre qui semble s'élever vers le ciel comme une flèche. Cette croix que j'ai toujours vu là, que mes parents ont toujours vu là, que mes grands parents ont toujours vu là, que mes arrières grands parents ont toujours vu là, elle n'y est plus. Un soir de l'hiver dernier un copain d'école a perdu le contrôle de son énorme 4x4 . Il a percuté "ma" croix qui s'est effondrée comme un château de cartes alors qu'elle avait résisté à deux guerres mondiales, plusieurs révolutions et aux guerres de religion. Depuis un an elle est là; à terre, en pièces détachées, au bord de la route, en plein milieu du village, entourée de rubans rouges et blancs et il ne se trouve personne pour la remettre en état. Il faut dire que dans mon village natal perdu au milieu de la forêt landaise il y a belle lurette qu'il n'y a plus un tailleur de pierre, un maçon, un sabotier, un charron, un menuisier, un charpentier, un curé, un instituteur, un "bistroquet". Ainsi va la vie. Moi même je suis parti vivre et travailler en ville. Je ne fais juste que passer de temps à autre dans mon village natal histoire de m'assurer que rien n'a changé, que tout est comme avant. "Tu rêves mon grand" me murmure parfois une petite voix désagréable au fond de moi-même. Tout a changé!

Mais non rien n'a changé. Quand je vais voir mon copain d'école Roland rien n'a changé. J'étais en CP il était en classe de "Certoch". Il m'a appris à faire du vélo. Il m'accueille toujours comme si on ne s'était pas vu depuis la dernière récré. Il est toujours le grand qui va m'apprendre quelque chose. Je suis toujours le petit qui le "bade". Sa ferme n'a pas changé. Une vraie arche de Noé. Des poules, des canards, des oies qui rentrent et sortent du jardin, de la cuisine. Des moutons, des vaches qui s'échappent régulièrement de leurs enclos et qui se retrouvent sur la route. Des cochons qui grognent et qui couinent. Une pagaille sympathique et vivante dedans et autour de la ferme. Quand je suis avec lui le temps s'arrête. Nous ne vieillissons pas. Nous continuons notre enfance. Il vit seul avec sa mère. Elle ne change pas: elle est toujours aussi vieille. Je l'ai toujours connue vieille. Elle est toujours là. Elle a toute sa tête. Ah! si, il y a quelque chose qui a changé. Quand Roland m'accueille maintenant il ouvre largement ses bras, m'attire vers lui, me colle contre sa poitrine et me dit le visage rayonnant de bonheur, lumineux de bonté: " Que la lumière soit avec toi!" Quand je le quitte même cérémonial. Mais la phrase change " Va dans la paix du Seigneur!". A chaque fois qu'il me fait ça les larmes me montent aux yeux . On a été enfant de choeur ensemble d'accord mais quand même depuis le temps l'église est fermée, il n'y a plus de curé, oui je l'ai déjà dit. Et puis le monde a évolué. Plus personne ne va à la messe dans le village. Plus personne ne fait des processions pour bénir les champs et les récoltes. On s' assure contre les calamités agricoles. C'est plus simple et... plus cher. De toute façon il n'y a plus personne dans le village. On est tous partis ou presque pour la ville. Toutes les fermes autour de celle de Roland sont fermées. Elles n'ouvrent que quelques semaines par an car elles ont toutes été transformées en magnifiques résidences secondaires. Elles n'ont jamais été aussi belles et aussi bien entretenues. Certaines ont même une piscine privée et un terrain de tennis privé. Et des propriétaires Bordelais ou Parisiens ou Anglais ou Hollandais.

A l'entrée de sa ferme Roland a planté en terre la moitié d'un poteau en béton de l'EDF. Je ne sais pas où il l'a récupéré et comment il l'a tronçonné en deux ni ce qu'il a fait de l'autre moitié. Il a enterré "son " poteau dans un trou d'un mètre cinquante de profondeur sur un mètre cinquante de largeur. Il a coulé une pleine bétonnière de béton avec sa bétonnière attachée au tracteur. Il a attendu que ça sèche bien et sur le poteau il a collé une vierge Marie en plâtre qu'on ne peut pas ne pas voir depuis la route. Roland a la foi du charbonnier et il l'affiche. Pourquoi lui et pas moi? Parfois je l'envie de cette grâce divine. Rien ne semble l'atteindre. Il est toujours heureux, de bonne humeur, souriant, blagueur et toujours prêt à rendre service. Toujours à me demander des nouvelles de mes parents, de mes enfants, de moi.

Moi je vis seul et je ronchonne du matin au soir. J'ai quitté la ferme de mon enfance pour venir travailler à la ville. Je n'avais plus besoin de mes voisins pour tuer le cochon. Ma femme l'achetait en promo dans les grandes surfaces et le mettait directement au congélateur. Je n'avais plus besoin de mes voisins pour vendanger. J'avais arraché la vigne et touché un subvention pour le faire. Je n'avais pas besoin de mes voisins pour faire du bois. A la tronçonneuse, avec mon tracteur et ma remorque benne et son verrin hydraulique, je faisais et je rentrais tout seul ma provision de bois pour l'hiver. Je n'avais pas besoin de mes voisins pour moissonner. Je faisais appel à l'entreprise pour le faire. Je n'avais plus besoin de vivre à la campagne. En fait j'ai quitté la ferme parce qu'avec ma femme on ne s'entendait plus. Ô ce n'est pas nouveau. Depuis la nuit des temps tout le monde sait que ce n'est pas facile de réussir une vie de couple. Rien n'a vraiment changé de ce côté là. Ce qui a changé c'est qu'autrefois ma femme serait restée avec moi malgré tout ne serait-ce que pour les enfants. Ce qui a changé c'est qu'elle est partie et qu'elle m'a laissé les enfants. " J'ai autre chose à vivre" m' a-t-elle dit " et puis ils sont biens avec toi". Ce qui n'a pas changé c'est que les enfants il faut s' en occuper. La maison aussi. Alors j'essaye de le faire. A ma façon. Parfois -souvent même- c'est aussi pagaille que chez mon copain d'école Roland. Je ne suis plus esclave de la ferme. J'ai tout mis en location. Sur la commune rurale où je travaillais il ne reste plus que sept agriculteurs. Je vis dans une petite ville de ... campagne. J'ai du travail, des enfants qui vont bien. Je suis heureux. Je suis heureux. Je suis heureux. Je suis libre. Je suis libre. Je suis libre.

Mes parents ne vivent pas avec nous. Ils ne sont pas à ma charge. Depuis qu'ils sont à la retraite ils n'ont pas une minute à eux et à nous. Ils font partie du club du troisième âge et du club de marche local. Ils vont de lotos en concours de belote, de repas en sorties culturelles et "sportives". Ils voyagent beaucoup avec les autres membres du club des Joyeux retraités local. Bref ils sont toujours occupés ici et là. Ils ont réservé leur place à la maison de retraite du chef lieu de canton qui n'existait pas du temps de leur enfance ou de celle de leurs parents. Ils ne veulent pas être à la charge de leurs enfants nous disent-ils. Pour l'instant ils sont en pleine forme et ils vivent comme ils n'ont jamais vécu dans leur jeunesse marquée par la seconde guerre mondiale et la guerre d'Algérie.

Je ne vais pas à la messe. "Ma" petite église de campagne me manque. Mes voisins n'y vont pas non plus. Ils trouvent que ce n'est pas assez gai, animé, que les cérémonies religieuses sont tristes et manquent d'entrain. Ils trouvent que notre curé est trop ceci et pas assez cela. Je n'ose pas leur dire " mais prenez sa place ou faites de votre fils un curé". Moi je l'aime bien notre curé. Il vient de la campagne comme moi.En 1981 ils étaient huit prêtres à vivre à la maison paroissiale. Aujourd'hui il est tout seul et il a en charge la ville et les quatorze paroisses autour. Il est seul avec ses paroissiens et paroissiennes jamais contents, jamais satisfaits comme je suis seul avec mes adolescents jamais contents, jamais satisfaits. Il est heureux. Il est heureux. Il est heureux. Il court, il court, il court d'une église à l'autre, d'une paroisse à l'autre, d'une famille à l'autre. Il a la même voiture que notre facteur de campagne. Mais pas de la même couleur.

Je ne parle pas beaucoup à mes voisins, ni à mes enfants d'ailleurs. Je n'ai pas toujours le temps de "communiquer", pas toujours l'occasion de le faire. Peut-être aussi que je ne sais pas bien communiquer, que je suis un "sauvage" des temps modernes. Pourtant j'ai internet, et même l'adsl depuis peu. J'ai un téléphone portable, mes parents aussi, mes enfants aussi, mes voisins aussi. J'ai la télé par satellite mais certains soirs qu'est-ce que je m'em... tout seul. Je me suis inscrit dans une chorale, un club d'aviron. Nous faisons des lotos, des grillades, des animations. Nous participons au téléthon. Nous organisons des repas de quartier. Cela fait du bien de temps en temps d'être comme tout le monde tout en restant soi même. Et c'est moins dur que de moissonner ou vendanger à la main tous ensemble.

Depuis l'an dernier je "travaille" régulièrement quatre ou cinq bons vieux copains célibataires comme moi. Je leur demande de réfléchir à la possibilité d'acheter ensemble une maison en centre ville, d'y faire cinq appartements individuels, d'y aménager une ou deux pièces communes et de nous y retrouver pour y finir notre vie en veillant les uns sur les autres. Pour l'instant ils ne me disent pas oui mais ils ne me disent pas non. On y réfléchit on y réfléchit on y réfléchit. Je ne veux pas finir ma vie tout seul. En vieillissant les plaisirs de la conversation prennent beaucoup d'importance. Je ne veux pas finir ma vie en parlant au chat ou à la porte du frigo vide. Et je n'ai pas trop envie d'aller en maison de retraite.

Les temps sont-ils en train de changer? Oui? Non? Qu'en pensez-vous?

Pierre Larribey

(*) Traduction: " Les temps sont en train de changer" ; chanson de Bob Dylan, 1963.
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M
ce qui change .........http://www.greenfacts.org/fr/dossiers/changement-climatique/niveau-1.htm
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M
http://perte-de-temps.com
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M
je trouve ton blog très bien, il y a des textes que j'aime beaucoup dont un plus particulièrement de P-O pour C-M , mais aussi  ceux d'André Lugardon. Par contre j'ai passé la moitié de l'après-midi à tout lire parce que certains textes sur les problèmes de notre société, sur la politique, ou encore certains qui ressemblent aux quelques cours de philo que j'ai suivi, me paraissent très lointains et je ne serais pas capable de débattre sur ces sujets peut-être parce que je suis trop jeune pour l'instant, ignorante certainement sur certaines choses parce que je n'ai pas eu d'éducation politique à l'école comme à la maison, je ne connais qu'à moitié l'histoire de la France alors comment est-ce que je pourrais en savoir plus sur son histoire politique et d'ailleurs est-ce qu'il aurait été bien qu'on fasse mon éducation en matière de politique je serais alors le produit/fruit des pensées/choix/orientations de mon enseignant. De plus, je n'arrive pas à me sentir concernée par tous les problèmes traités dans ces textes et commentaires parce que je suis encore à moitié adulte, à moitié dans la vie active, à moitié citoyenne française. J'ai également lu tous les commentaires et là aussi la plupart sont très bien, et invitent à ouvrir notre esprit, d'autres partent dans tous les sens et j'essaie d'imaginer, de me représenter l'auteur (toujours le même) de ces commentaires là, ça doit vraiment être le fouillis dans sa vie/tête. Et d'autres encore sont déplacés et ne valent pas la peine d'être lus. Ton blog ne vaut pas grand chose pour certains et ceux la même crachent leur venin en y laissant des coms tordus aucun intérêt si on apprécie pas quelque chose on ne s'y arrête pas dessus on passe son chemin et on garde sa connerie pour soi et même surtout on évite de faire perdre du temps aux autres blogueurs-lecteurs. Alos je le redis moi je le trouve très bien ton blog et je souhaite à André Lugardon qu'il laisse encore beaucoup d'autres traces de ses expériences sur ce blog.BisesM.
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C
Le temps reste le temps et il change presque à chaque seconde, quand on prend la peine de s'y arrêter, comme tu le fais.Quant "aux temps", ils font de même, il me semble, parce qu'il y a le progrès, la recherche et un besoin pour certains de tout comprendre de la vie, de notre planète et de l'univers. On ne peut pas oublier dans cette affaire, l'homme et son évolution et la perception individuelle du monde dans lequel on vit.Avec le recul de mon âge et ce que j'ai tiré de mes lectures, je garde l'impression que les temps sont comme une toupie et qu'à  certains moments, on retrouve la même image.C'est peut-être ce qui fait que la vie vaut d'être vécue même dans la solitude.Jack
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M
Les plaisirs de la conversation sont très importants, son absence peut être très préjudiciable.Pour moi l'absence de conversation à un moment donné a été très difficile, j'ai du mal à admettre son absence.et bien au revoir et bonnes occupations.savoir communiquer pourrait être plus simple peut être souvent: ce qui a changé, c'est peut être que nous ne savons plus nous parler.
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