Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Privilégier l'écrit sur l'image.

Publicité

Hier...



Hier matin, ma fille aînée m'a annoncé que j'allais être grand père d'ici la fin de l'année en cours. Cette nouvelle m'a rempli de joie mais aussi d'inquiétude. D'inquiétude pour elle et pour l'enfant à venir tant le monde d'aujourd'hui me paraît incertain, instable, plein de "bruit et de fureur". Je me suis ensuite demandé quel monde je laisse à mes enfants et à mes futurs petits enfants mais aussi quels enfants et petits enfants je laisse au monde? Et puis enfin cette bonne nouvelle qui m'enchante, qui me projette dans le futur, cette "richesse" à venir , un enfant de mon enfant, m' a fait songer à mon grand-père paternel. Me voici à mon tour " à sa place" dans la roue de la vie. Mais entre lui et moi la vie a coulé et " les temps ont bien changé".

Il était né à la fin du 19 ième siècle dans une famille nombreuse qui habitait une petite ville du département des Landes. En ces temps là, il y avait une forte mortalité infantile. (1) . Mon grand-père a survécu et vécu jusqu'à l'âge de 94 ans. Jusqu'à 93 ans, il a été "intact" sur le plan intellectuel et physique. Les jeunes enfants d'aujourd'hui ont du mal à imaginer, concevoir le monde dans lequel mon grand-père a été enfant, adolescent et jeune homme. Il n'y avait pas de télé, pas de radio, pas de voiture automobile, pas d'ordinateur portable, pas de téléphone portable, pas de téléphone tout court, pas d'eau courante dans la maison, pas de congélateur, pas de frigo, pas d'électricité, pas de chauffage central. Il a été enfant, adolescent, jeune homme dans un monde où tout le travail se faisait à la force musculaire de l'homme et de l'animal. Il est très peu allé à l'école. Il a commencé à travailler " pour de vrai" très jeune, dès l'âge de 10 ans. Il est devenu peintre en bâtiment, peintre en lettres et vitrier. Il a travaillé jusqu'à 85 ans, bien entendu en adaptant au fil des ans ses activités à son âge et à ses possibilités physiques. Il travaillait à son rythme et même très âgé trouvait toujours à se rendre utile. Une grande partie de sa vie, il a travaillé en se déplaçant à pied ou en vélo d'un chantier à l'autre.

" Du temps de mon grand-père", on ne partait pas en vacances à la mer ou à la montagne; on ne partait pas non plus en week-end. Il a vécu toute sa vie au même endroit. Ses loisirs étaient consacrés à la lecture quotidienne du journal , aux courses de vaches landaises deux à trois fois par an, aux parties de carte avec ses amis une fois par semaine. Il organisait plusieurs fois par an des repas de famille importants invitant cousins et cousines et parents éloignés.


" Du temps de mon grand-père", il n'y avait pas d'assurance incendie, vol, grêle, catastrophes naturelles; il n'y avait pas d'assurance maladie, de sécurité sociale. On allait rarement chez le docteur. Le plus souvent on se soignait avec "des remèdes de bonnes femmes", avec des plantes. Il arrivait qu'on aille voir le guérisseur. En général on était dur au mal et on attendait que ça passe. On redoutait la maladie et surtout la tuberculose. Etre en bonne santé et le rester c'était la première richesse de tout un chacun. La deuxième chose très importante pour mon grand-père c'était d'être en paix. Il avait connu deux guerres mondiales et s'il n'a pas été lui-même victime de ces deux tragédies, il y a perdu des proches, des êtres aimés, emportés par la tourmente et la folie humaine. Toute sa vie il a été un homme de paix. Il se mettait rarement en colère et au travail comme en famille il utilisait toute son énergie et son savoir faire pour apaiser les tensions entre les uns et les autres. ( Son propre grand-père lui avait aussi appris dans son enfance le côté tragique des guerres napoléonniennes auxquelles il avait participé.)

Mon grand-père paternel ne considérait pas que le monde dans lequel il était né et avait grandi était un monde paradisiaque. Bien au contraire. Pour lui ce n'était pas du tout " le bon vieux temps" et encore moins "la belle époque". Il en gardait le souvenir d'un monde dur, injuste, cruel. Il trouvait le monde "moderne" bien mieux que l'ancien. Il me montrait toujours les côtés positifs du monde actuel. De toute façon il "positivait" toujours.

Toute sa vie durant je l'ai vu se cultiver, essentiellement à travers la lecture. Je me souviens qu'au fur et à mesure que ma jeune soeur avançait dans ses études il lui demandait périodiquement ses livres d'Histoire, de Géographie, de sciences et parfois même certains de ses cours. Il prenait grand soin des documents qu'elle lui prêtait. Si un conférencier était de passage en ville, il allait l'écouter et m'invitait à l'accompagner. Il parlait parfaitement et naturellement le patois landais local. Il était une mémoire vivante non seulement de sa ville natale mais aussi du canton.  Une enseignante passionnée d'Histoire lui a consacré quelques lignes dans son livre sur la vie dans le département des Landes au siècle dernier. (2)

Enfant, j'aimais beaucoup aller chez mes grands-parents. Il y avait tout contre la maison un jardin potager, une loge à cochon avec son cochon, un poulailler rempli de volailles et des clapiers remplis de lapins. (3) Toute sa vie durant mon grand-père est resté au contact de la nature, de la vie animale et " de la vie humaine" Il était très sociable. Partir avec lui acheter le pain ou un morceau de  viande chez le boucher pouvait prendre un temps fou! A chaque personne rencontrée dans la rue on s'arrêtait, on discutait, on prenait le temps de demander des nouvelles des uns et des autres et on repartait ensuite avec le sentiment d'avoir passé un bon moment ensemble. Manifestement il était heureux de rencontrer les autres, c'était naturel chez lui, et on le lui rendait bien.

Sa mort ne m'a pas affolé, paniqué. Elle m'a semblé naturelle et dans l'ordre des choses. Souvent je pense à lui. Surtout quand j'ai des décisions un peu difficiles à prendre.

Aujourd'hui me voilà donc grand-père à mon tour. Quel grand-père vais-je être? Je ne le sais pas encore. Mais peut-être qu'un jour ma future petite fille ou mon futur petit fils vous le racontera... Si Dieu nous prête vie.

André Lugardon.



Notes de lecture:

(1) (...) " Très fréquente autrefois, la mort d'un enfant de moins d'un an est devenue rare en France. En 2005 moins de quatre nouveaux nés sur mille sont décédés avant leur premièr anniversaire. (3,6). Au 18 ième siècle un enfant sur trois mourrait avant d'avoir atteint un an. La mortalité infantile baisse considérablement à la fin du 18 ième siècle à cause des progrès de la médecine et des vaccinations. Puis augmente à nouveau au 19 ième siècle à cause des mauvaises conditions de vie d'une grande partie de la population dues à une industrialisation sauvage et à l'entassement de la population des villes dans des conditions souvent insalubres. " (...)

Source: Institut national d'études démographiques.
Lien: www.ined.fr


(2)  " Pain de seigle et vin de grives" de Georgette Laporte-Castède aux éditions Auberon.

(3) (...)  " Ce qui a évolué depuis un siècle, c’est en premier lieu la part de l’alimentation dans le budget individuel ou familial. Au début du XXe siècle, c’était en moyenne le poste principal, jusqu’à 75 % et plus, le logement, bien souvent, n’en représentant que 5 % à peine, d’où à Paris leur petitesse, leur insalubrité, leur manque de confort. Vers 1950, la part de la nourriture était tombée à 40 %, et aujourd’hui, dans le budget normal d’une famille où tous les adultes travaillent, la nourriture peut ne correspondre en moyenne qu’à 15 ou 20 %, souvent moins, tandis que la part du logement, des vêtements, des loisirs augmente et peut représenter trois à quatre fois plus, chacun de ces trois postes pouvant dépasser la seule alimentation. " (...)

Source: "L'évolution de l'alimentation des Parisiens au cours du XXe siècle (1900-2000)" de Jean BASTIÉ, Président de la Société de Géographie, Professeur émérite à la Sorbonne

lien: http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2004/bastie/article.htm

 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
<br /> Ceux qui sont restés, ceux qui ont dû partir ou quand deux familles se rencontrent après s'être expatriées..........l'une d'Espagne, l'autre de notre terroir landais:<br />  <br />  Une importante usine donc la nécessité de travailler a rassemblé mes deux familles puisque mon grand père maternel a été démarché comme d'autres par un responsable d'une grande usine venu chercher de la main d'oeuvre en Espagne. L'étranger n'a pas toujours été indésirable, on a eu besoin de lui, on a eu besoin d'eux.<br /> Mon grand père paternel a quitté ses Landes natales pour trouver lui aussi du travail et lui aussi a travaillé toute sa vie à l'usine.<br /> Mes grands parents maternels ont fait le choix de répondre favorablement au travail qui leur était proposé en France pour raisons économiques: la vie en Espagne dans leur petit village n'était pas évidente, l'avenir économique comme politique offrait peu d'horizons meilleurs.<br /> Cependant je sais que la vie en France n'a pas été non plus facile matériellement pour ma mère et sa famille et l'exil sans doute pas toujours évident.<br /> Mon grand-père est tombé malade en France assez vite. Ce sont les enfants qui très rapidement ont dû travailler et subvenir aux besoins de la famille. Et puis c'était la période de la deuxième guerre avec toutes les restrictions que beaucoup ont connues.<br /> Mes grands-parents maternels sont décédés tous les deux à trois ans d'intervalle à l'âge de 68 ans mais ils faisaient dix ans de plus, usés par la fatigue, les conditions de vie précaires en Espagne comme en France et sans doute les épreuves. Ma grand mère est morte d'un cancer du sein après deux ans de maladie comme mon père usé lui aussi par des conditions de vie difficiles lorsqu'il était jeune et par un gros travail à l'usine. A l'époque il pouvait être appelé de nuit pour des heures supplémentaires et le dimanche aussi. Je me souviens qu'il a dû parfois repartir travailler le jour de Noël ou du premier de l'an. Longtemps le travail était six jours sur sept de 7h à 18h et les congés de cinq semaines ont été longs à venir.<br /> J'ai toujours eu en tête que ma mère pendant très longtemps a dû assumer vraiment beaucoup matériellement comme moralement.<br /> De plus ils ont eu la charge de leurs parents.<br />  J'ai le sentiment d'avoir eu une vie plus douce, plus facile et plus confortable que la leur. La disparition de mon père intervenu trop tôt et celle brutale et inattendue de ma mère m'ont épargné d'avoir à m'occuper d'eux, ils sont partis l'un et l'autre avec toutes leurs facultés mais cela n'épargne pas de la peine et de l'absence bien au contraire. Je n'ai pas le sentiment d'avoir vu vieillir mes parents, de les avoir connus dans la vieillesse. Je n'ai pas connu ma grand-mère paternelle partie très tôt l'année de ma naissance à l'âge que j'ai aujourd'hui. Elle aussi a eu à assumer beaucoup dans des conditions difficiles.<br /> Pour mon père je pense que tous les produits auxquels il s'est frotté durant son travail ne sont pas pour rien dans le cancer qui l'a emporté trop jeune. Lui ne faisait pas plus vieux que son âge, il était en pleine possession de ses moyens intellectuels et physiques  et avec plein de projets pour profiter de sa retraite bien méritée quand la maladie l'a happé. Il n'aura pas vu grandir ses petits enfants, il n'aura pas eu le bonheur de partager leurs réussites et les bons moments de leurs vies...<br /> Beaucoup trop de ses collègues mourraient soit peu de temps avant la retraite soit peu de temps après, une retraite redevable à l'âge de 65 ans. Lui n'a pas eu beaucoup à profiter mais juste un peu plus à cause de l'abaissement à l'âge de 60 ans exigés pour benéficier de sa pension et des premières mises en retraite anticipée.<br />  <br />  A cette époque là, la vie n'était pas facile tous les jours, la charge de travail professionnel comme domestique importante, les moments de plaisir durement gagnés mais le désir de s'en sortir et de vivre mieux était grand. Les difficultés vécues donnaient de la combativité, de la solidarité et motivaient à s'engager. <br /> C'est ainsi que leurs enfants ont réussi une ascension sociale ainsi que leurs petits enfants et elle se poursuit avec leurs arrière petits enfants à l'heure où justement l'ascenseur social n'est plus une évidence. Aujourd'hui pas toujours mais de plus en plus souvent les enfants ont une situation sociale moins bonne que leurs parents.<br /> Ma mère a travaillé dur en sacrifiant sans nul doute de sa vie familiale et de sa vie de mère mais elle s'est aussi instruite toute sa vie, lisant beaucoup malgré sa charge de travail, voyageant à chaque fois qu'elle a pu. Mes parents ont toujours été curieux de beaucoup de choses et des autres, ils ont eu une vie riche et pleine bien que pas toujours facile.<br /> Sans doute le déracinement entraîne une curiosité au delà de ses limites de vie quotidienne et l'envie de réussir qui fait trop souvent défaut à ceux qui sont bien installés chez eux et dans la plénitude de leurs droits et de leurs moyens. Ils m'ont légué cela et à travers moi ils l'ont légué aussi à mes enfants.<br /> Ma grand mère espagnole n'a jamais parlé le français, peut être une façon pour elle de résister à l'exil. Cependant elle le comprenait et donc elle me parlait en espagnol et je lui répondais en français. Pour mon grand-père espagnol c'était pire car lui a dû faire des efforts pour parler le français mais au final il ne parlait plus bien espagnol et son français était un vrai charabia: sa maladie y est peut être pour quelque chose. Cela n'a pas empêché leurs enfants et leurs petits enfants de bien s'approprier notre langue et de réussir.<br /> Ils ont toujours été respectueux du pays qui les a accueillis et respectés et des règles de vie. Il faut dire qu'on est venu les chercher et ils sont venus avec toute la générosité que j'ai retrouvée à chaque fois que mes parents m'ont conduite dans leur village natal. J'ai rencontré dans ce village très pauvre et encore dans les années 70 des hommes et des femmes généreux, hospitaliers. Ils ne possédaient aucun confort moderne et pourtant ils nous recevaient les bras ouverts nous qui arrivions avec des signes de richesse, de confort, de modernité. A notre départ il n'était pas question de les quitter sans cadeaux de leur part alors qu'ils ne possédaient que le strict nécessaire.<br /> Le décès de ma mère a été l'occasion de voir à travers ses voisins et ses amis que ses parents lui avaient transmis cet état d'esprit, cette façon d'être car tous ont témoigné de ce qu'ils ont reçu d'elle.<br /> La France comme elle devient en voulant expulser ceux qui viennent d'ailleurs nie ces valeurs si riches, si fondamentales que tous ces hommes et ces femmes portent avec eux et nie sa vocation de terre d'accueil, d'hospitalité et de solidarité.<br /> Mon grand père paternel et mon père eux ont vécu au coeur d'un monde ouvrier qui a connu des conditions de travail difficiles. Ils se sont pleinement engagés et battus avec beaucoup d'autres pour conquérir de meilleures conditions de travail et de vie. Nous avons bénéficié de toutes ces conquêtes sociales qui nous ont permis d'avoir une vie plus douce, plus facile, plus confortable et nous sommes en train de perdre tout cela au grand galop. Peut être  avons nous été trop gâtés et ne sommes nous pas restés assez vigilants. Nous avons vécu sur ces acquis comme s'ils étaient devenus inaliénables et définitivement acquis, comme si ceux auxquels nos grands-parents et parents les ont arrachés allaient nous les laisser définitivement. C'était sans compter avec le poids du pouvoir économique de ceux qui possèdent et veulent posséder toujours plus........nous ne lèguerons pas à nos enfants ce que nous avons reçu de nos grands- parents et de nos parents.<br />  Du temps de nos grands parents et de nos parents, ils avaient beaucoup plus de travail que nous professionnellement et familialement beaucoup moins de confort pour se déplacer, pour assurer toutes les tâches ménagères et domestiques, pour communiquer et pourtant, il leur restait toujours de l'énergie pour une vie sociale, une vie tournée vers les autres, avec les autres, une vie de tolérance et de partage. <br />  <br /> http://fr.wikipedia.org/wiki/Cong%C3%A9s_pay%C3%A9s<br /> http://www.espaceretraite.tm.fr/index.php?id=origine<br /> http://www.espaceretraite.tm.fr/index.php?id=mise_en_place<br /> http://www.libres.org/francais/dossiers/35heures/35%20heures_p3_realite.htm<br />
Répondre