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Ils existaient déjà dans le fin fond des âges
Et c'est bien grâce à eux, c'est grâce à leur ouvrage
Que notre humanité triompha de la nuit.
Il faut s'en souvenir en pensant qu'aujourd'hui,
Sans l'ombre d'un regret, sans avoir de remords,
On les condamne à mort ,
Les Artisans.
Leur instinct inventif guidant leurs doigts dociles,
Ils nous ont fabriqué l'outil et l'ustensile,
Ils nous ont protégés et ils nous ont vêtus,
Au prix d'un dur labeur opiniâtre et têtu.
Sans l'ombre d'un regret, sans avoir de remords,
On les condamne à mort,
Les Artisans.
Nous avions des besoins et même des envies,
ils ont fait les objets jalonnant notre vie,
Autour de nos berceaux, autour de nos cercueils,
ils étaient toujours là, franchissant notre seuil.
Sans l'ombre d'un regret, sans avoir de remords,
On les condamne à mort,
Les Artisans.
Ayant très bien compris que l'homme était avide,
De son grand dénuement ils ont rempli le vide.
Ces façonneurs de pierre et de fer et de bois
Ont servi tous les gueux aussi bien que les rois.
Sans l'ombre d'un regret, sans avoir de remords,
On les condamne à mort,
Les Artisans.
Rejetant loin de lui ceux qui l'aidaient à vivre,
Le troupeau des humains s'empoisonne et s'enivre.
Les miasmes du progrès au fumier du profit,
A la simple raison c'est le triste défi.
Sans l'ombre d'un regret, sans avoir de remords,
On les condamne à mort,
Les Artisans.
Ayant depuis longtemps disparu dans l'usine,
Esclaves du patron, servant une machine.
Leurs gestes, qui faisaient apparaître le beau,
Ne seront désormais que gestes de robots.
Sans l'ombre d'un regret, sans avoir de remords,
On les condamne à mort,