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(...) " Le malade qui a été loin de chez lui pendant des mois y revient comme quelqu'un à qui tout est devenu étranger, et qui doit peu à peu et à grande peine se familiariser à nouveau avec tout, tout se réapproprier: quoiqu'il ait pu posséder, il l'a , entre-temps , réellement perdu , et il lui faut maintenant le retrouver. Et comme le malade, par définition, est toujours abandonné à lui-même - tout ce qu'on dit d'autre n'est qu'un mensonge éhonté - , il doit faire appel à des forces tout à fait surhumaines s'il veut pouvoir reprendre là où il s'est interrompu, des mois , ou , comme à plusieurs reprises dans mon cas , des années plus tôt. C'est une chose que le bien portant ne comprend pas , il s'impatiente tout de suite , et , justement par son impatience , il rend difficile au malade de retour chez lui ce qu'il devrait lui faciliter. Les biens-portants n'ont jamais été patients avec les malades , et , forcément , les malades pas davantage avec les biens-portants , il ne faut pas l'oublier. Car , de tout , le malade attend beaucoup plus que le bien-portant , qui n'a pas besoin de tout en attendre , puisqu'il est en bonne santé. Les malades ne comprennent pas les biens-portants , tout comme , inversement , les biens-portants ne comprennent pas les malades , et ce conflit est très souvent un conflit mortel , que le malade , en fin de compte , n'est pas de taille à affronter , mais , bien entendu , pas davantage le bien-portant , qu'un tel conflit , souvent , rend malade. " (...)
Thomas Bernhard
" Le neveu de Wittgenstein"
Page 65 , collection livre de poche folio, 2323
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