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Extraits libres de
“De la vanité ” - Montaigne - “Essais“
Livre III - Chapitre IX :
“Il n’en est à l’avanture aucune plus expresse, que d’en escrire si vainement. (…) Qui ne voit, que j’ay pris une route, par laquelle sans cesse et sans travail, j’iray autant qu’il y aura d’encre et de papier au monde ? Je ne puis tenir registre de ma vie, par mes actions : fortune les met trop bas : je le tiens par mes fantasies.(…) Mais il y devroit avoir quelque coërcition des loix, contre les escrivains ineptes et inutiles, comme il y a contre les vagabonds et les fainéants. On bannirait des mains de notre peuple, et moy, et cent autres. Ce n’est pas moquerie : l’escrivallerie semble estre quelque symptome d’une société desbordée. Quand ecrivîmes-nous tant, que depuis que nous sommes en trouble ? Quand les Romains tant que lors de leur ruyne ? (…)La corruption du siècle se fait, par la contribution particulière de chacun de nous. Les uns y confèrent la trahison, les autres l’injustice, l’irreligion, la tyrannie, l’avarice, la cruauté, selon qu’ils sont plus puissans ; les plus faibles y apportent la sottise, la vanité, l’oisiveté, desquels je suis.Il semble que ce soit la saison des choses vaines, quand les dommageables nous pressent. En un temps où le meschamment faire est si commun, de ne faire qu’inutilement, il est comme louable.Je me console que je seray des derniers sur qui il faudra mettre la main. Ce pendant qu’on pourvoira aux plus pressans, j’auray loy de m’amender. Car il me semble que ce seroit contre raison de poursuyvre les menus inconvénients, quand les grands nous infestent.”
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