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Pierre Dac et le 10 mai...1944


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Pierre Dac et l’Histoire de France .

 

 

 

« Radio Paris ment, Radio Paris est Allemand ».

 

10 mai 1944: au micro de Radio-Paris, Philippe Henriot, éditorialiste au service de la propagande, donc des Allemands, attaque Pierre Dac en évoquant ses origines juives et en rappelant qu'il s'appelle en réalité André Isaac et qu'il est le fils de Salomon et de Berthe Kahn
"... Dac s'attendrissant sur la France, c'est d'une si énorme cocasserie qu'on voit bien qu'il ne l'a pas fait exprès. Qu'est-ce qu'Isaac, fils de Salomon, peut bien connaître de la France, à part la scène de l'ABC où il s'employait à abêtir un auditoire qui se pâmait à l'écouter ? La France, qu'est-ce que ça peut bien signifier pour lui ?..."
Le lendemain, oubliant le profond sentiment d'écoeurement qui l'habite, Pierre Dac lui répond au micro de la BBC...


BAGATELLE SUR UN TOMBEAU

"M. Henriot s'obstine; M. Henriot est buté. M. Henriot ne veut pas parler des Allemands. Je l'en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu'une réponse pas du tout aimable - ce qui est bien étonnant - et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands.C'est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas français. A défaut de croix gammée et de francisque, j'ai corrompu l'esprit de la France avec L'Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j'y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C'est absolument d'accord. Il n'empêche que tout ça ne résout pas la question: la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire :

Le problème de la déportation;

Le problème des prisonniers;

Le traitement des prisonniers et des déportés;

Le statut actuel de l'Alsace-Lorraine et l'incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l'armée allemande;

Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d'occupation dans l'organisation du marché noir;

Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d'interrogatoire

Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l'anéantissement de la France.

Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m'occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m'avez consacré, vous vous écriez notamment : "Mais où nous atteignons les cimes du comique, c'est quand notre Dac prend la défense de la France! La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?"
Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France.

Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d'autres avant eux sont originaires du pays d'Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn,  près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C'est un beau pays, l'Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l'Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d'Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu'à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l'impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l'Allemagne ?

Un dernier détail: puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d'aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l'allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C'est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C'était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: "Mort pour la France, à l'âge de 28 ans". Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.

Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée :

PHILIPPE HENRIOT
Mort pour Hitler,
Fusillé par les Français.

Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien. ( Pierre Dac au micro de la BBC le 11 mai 1944)

 

 

Mais qui était Philippe HENRIOT ?

 

 

Homme politique français (1889-1944) issu de la droite catholique, il devient député de Bordeaux en 1932 puis 1940.

Fervent "pétainiste", il est nommé en janvier 1944 secrétaire d'Etat à l'information où il œuvra pour la propagande notamment radiodiffusée.

En juin 1944 , il est exécuté par la Résistance.

Les Alliés ont débarqué depuis trois semaines sur les côtes normandes; ce 28 juin 1944, le vent a tourné pour Vichy. Certains collabos commencent à prendre des contacts avec la résistance. Il reste des irréductibles, les bandes de miliciens et, surtout, l'homme de la propagande de Vichy, celui dont la voix tonne chaque jour à la radio contre les Anglais, les francs-maçons, les juifs: Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à l'Information de Vichy.

En ce matin du 28 juin, à l'aube, des «miliciens» se présentent au domicile de Philippe Henriot qui leur ouvre sa porte. Ils l'abattent aussitôt puis, dit-on, font le salut militaire devant son corps.

Ce commando de résistants vient de réussir une action incroyable, de celles qui font l'histoire. Vichy n'a plus de porte-parole.

La nouvelle sera annoncée officiellement par Laval à 12 h 40 à la radio. Puis dans la presse :

 

 

 

" Les services du chef du gouvernement communiquent :
À six heures hier matin, M. Philippe Henriot, secrétaire d'État à l'information et à la propagande, a été sauvagement assassiné, dans sa chambre, par des individus armés de revolvers, qui avaient réussi à pénétrer dans le ministère après avoir neutralisé les gardiens. L'assassinat de Philippe Henriot a été perpétré sous les yeux de sa femme ".

Extrait de  « Aujourd'hui », le 29 juin 1944, journal collaborationniste.


" Il n'est pas français de piétiner un cadavre ou de le pousser du pied. Notre peuple a le respect inné de la mort. Mais qu'y avait-il de français dans cet historien vénal cravachant deux fois par jour le visage de la patrie, appelant traîtres les héros et héros les traîtres, honte l'honneur et honneur la honte, salissant le courage et le sacrifice, célébrant la lâcheté et la crapulerie, détournant imperturbablement les mot les plus nobles de leur sens, selon l'exemple donné en premier par le Maréchal Pétain, adoptant tout de suite à son usage un vocabulaire à l'envers où la vérité prenait la place du mensonge et le mensonge celle de la vérité ? "

Extrait de « La France intérieure », organe de la résistance, 15 juillet 1944.

 

 

 

 

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E
Génial! Vous allez me dire : mais, madame, vous vivez en Allemagne, alors? Oui, mais l'Allemagne d'aujourd'hui est sans rapport avec cette Allemagne fasciste et antisémite qui se croyait chez elle en Alsace-Lorraine. Les descendants ont exprimé leur fureur contre cette génération qui les a plongé dans la honte. Les jeunes allemands paient encore pour les crimes de leurs parents. Ils sont plus attentifs que quiconque à lutter contre les discriminations et à se racheter. Cette Allemagne-là est, je crois, digne de notre affection. Bien sûr, il y en a qui pense, comme le raconte Cavanna dans le dernier Charlie-Hebdo, que l'Alsace-Lorraine est, en fait, à eux, mais ce sont les quelques imbéciles qu'on trouvent également partout dans le monde et à ceux-là je ne manque pas de chanter : "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine et malgré vous nous resterons français..." comme me l'a appris ma grand-mère :-) 
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