Privilégier l'écrit sur l'image.
J’ai l’honneur d’accuser réception de votre discours en hommage aux combattants de 1914-1918. Discours fait à Paris le lundi 17 mars 2008. Votre discours m’a été envoyé, sur votre instigation, par Monsieur Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, après le 11 novembre 2008. Votre discours est à la fois un vibrant hommage aux combattants de 1914-1918 et à Monsieur Lazare Ponticelli, dernier survivant, combattant héroïque et anonyme de la « grande guerre ».
J’ai eu l’honneur de recevoir le texte, de votre discours, in extenso, Monsieur le Président de la République ; au titre de victime de guerre -1940-1945 - (interné deux ans à Drancy (France) et déporté un an à Bergen Belsen (Allemagne), inscrit sur le mur des noms.) Cette période de ma vie m’a profondément marqué et c’est pourquoi j’ai lu avec une particulière attention et une grande émotion les passages de votre discours qui sont consacrés à la démarche exemplaire de Monsieur Lazare Ponticelli et en particulier lorsque vous décrivez son adolescence en Italie : (…) « Il rêve de partir, en Amérique, en France, à Paris, n’importe où. Il veut s’arracher à la fatalité de la misère. Il est prêt à se donner de la peine, à travailler dur, à faire des sacrifices pourvu qu’il lui soit donné d’espérer une vie meilleure » (…). Et encore (…) « Pendant la guerre il travaille avec la Résistance, fournit des renseignements, cache des armes et fabrique des explosifs dans ses ateliers. Il n’a pas le sentiment, une fois encore, d’être un héros, juste de faire son devoir envers le pays qui l’a accueilli, qui lui a donné sa chance et qui est devenu le sien. »(…) Cette période de l’histoire de notre pays durant laquelle Monsieur Lazare Ponticelli, travailleur immigré au départ, défend son pays, notre pays, au sein de la Résistance, alors que le régime du Maréchal Pétain poursuit et massacre ces mêmes résistants, rafle les juifs et les livre, pieds et poings liés, aux nazis de même que les réfugiés politiques : allemands, autrichiens et espagnols, principalement. Cette politique d’indignité nationale qui assimile la Résistance à la délinquance et l’étranger aux criminels n’a jamais été condamnée aussi clairement que dans votre discours. Aussi je suis surpris quand dans le même temps vous insistez sur l’immigration subie et l’immigration choisie. Je prends la liberté de vous poser la question : selon vous, Monsieur Lazare Ponticelli faisait-il partie de l’immigration choisie ou de l’immigration subie ? Votre politique d’expulsion massive de personnes sans papiers risque, sans aucun doute, de rejeter nombre de Lazare Ponticelli en puissance. C’est parce que je ne comprends plus clairement quel est vraiment votre politique que je vous écris Monsieur le Président de la République car je suis en plein désarroi et voudrais savoir ce que vous voulez vraiment.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’hommage de mon profond respect.
Jean Weil.
Source photo: http://www.flickr.com