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Martine M… vient d’avoir cinquante ans lorsqu’elle annonce un matin à son mari Julien, 53 ans, qu’elle veut divorcer. En un premier temps son mari croit à une crise de couple comme il y en a dans toute vie conjugale. Il pense qu’il s’agit d’une crise sérieuse mais passagère après 28 ans de vie commune. Il temporise, cherche à gagner du temps, propose d’aller voir « quelqu’un » avec qui en parler. Il cherche à discuter absolument avec Martine, à l’assurer de son amour, de son admiration, de son respect pour elle. Il lui demande ce qu’il doit faire pour elle, pour regagner son estime à défaut de son amour. Il lui dit sa douleur de la perdre car Martine n’entend rien : elle persiste et signe la demande de procédure de divorce. Commence alors pour Julien deux ans et demi de dépression nerveuse. Ses enfants, ses collègues de travail, sa famille vont le soutenir et l’empêcher de « couler ». Au travail (dans une grande chaîne de distribution de produits du bâtiment), au club de foot dont il s’occupe, à la chasse, dans sa famille, Julien passe pour quelqu’un de « réglo » et de « sympa ». Bien sûr tout le monde dit et redit qu’« on ne peut pas savoir ce qui se passe dans un couple, qu’il faut vivre vraiment avec quelqu’un pour savoir ce qu’il en est exactement ». Mais dans l’entourage de Martine et de Julien on se demande ce qui a bien pu passer dans la tête de Martine M… pour divorcer ainsi un bon matin de Julien. Elle a du travail dans une banque. Ce n’est pas exaltant mais c’est tout de même moins dur que de faire des ménages, travailler à l’usine ou enseigner en zone d’éducation prioritaire. Elle est propriétaire avec son mari d’une jolie petite maison dans une petite ville sympa du Sud-Ouest pas loin de la montagne, de la mer, de la grande ville universitaire. Ses deux enfants, un garçon de 25 ans et une fille de 22 ans, ont bien marché à l’école et sont pratiquement tirés d’affaires. Ils sont déjà très autonomes, vivent en « couple » et ne se font guère de soucis sur leur avenir professionnel et familial. Pour eux aussi le divorce de leur mère c’est un coup de tonnerre dans leur univers jusque là tranquille et sans histoire. D’autant plus qu’ils sont sûrs que leur mère n’a pas quelqu’un d’autre que leur père dans sa vie. Martine M… ne quitte pas Julien pour un « minet ». Elle le quitte parce qu’elle ne le supporte plus au quotidien dans son lit, dans la salle de bains, dans la cuisine, le salon, dans la voiture etc…etc… Un rejet viscéral, physique qui perturbe beaucoup Julien, le dévalorise et l’éloigne encore plus de sa femme mais aussi des autres femmes. Il y a de la colère en lui contre sa femme, contre les femmes en général pour ne pas s’en prendre à une en particulier, à celle qui le met si mal aujourd’hui. Une fois le divorce prononcé, la maison vendue, les biens partagés Julien se retrouve avec une jolie petite somme d’argent en poche. Il ne pensait pas que leur terrain et leur maison avaient pris autant de valeur. Il la met de côté sur un compte épargne et loue une petite maison toute simple pas loin de son boulot. Le travail, le foot, la chasse, ses enfants, ses parents deviennent son quotidien. Peu à peu il refait surface. Voir, apercevoir Martine, entendre parler d’elle par les amis lui fait de moins en moins mal. Il se demande encore parfois ce qu’il n’a pas fait comme il faut pour « garder » Martine et parfois il dit « j’aurais dû faire ça ou ça et si j’avais fait ça ou ça Martine ne serait pas partie ». Mais le plus souvent il dit aussi « je ne bois pas, je ne fume pas, je n’ai jamais trompé Martine, je ne l’ai jamais battue, je l’ai aidée à élever nos enfants, j’ai fait de mon mieux avec elle, elle m’a épousé librement, elle a divorcé librement, je n’ai tué personne, je n’ai fait de tort à personne du moins exprès, elle est « c… » d’être partie comme ça sur un coup de tête ». Aujourd’hui le temps a passé. Martine a cinquante cinq ans. Julien approche de la soixantaine. Depuis seize mois une femme de quarante ans vit avec lui, chez lui. Veuve, avec un enfant encore à charge, elle aime le côté sympa, calme, gentil de Julien. Les épreuves de la vie lui ont appris à relativiser beaucoup de choses et à « mettre de l’huile » dans les relations humaines. Les enfants de Julien sont heureux de voir leur père à nouveau bien dans sa peau. Personne ne parle de mariage. Les projets communs se font au jour le jour. Dernièrement Martine m’a confié qu’elle ne supporte pas de voir Julien et leurs enfants communs heureux tous ensemble avec cette femme plus jeune qu’elle, plus jeune que lui. Elle m’a dit aussi que certains jours, certains soirs, certaines nuits elle trouve dur d’être toute seule. Je n’ai osé rien dire. Comme le reste de la famille je me suis demandé une fois encore mais qu’est-ce qui lui est passé par la tête ce jour-là ? Pourquoi ce divorce après tant d’années de vie commune ? N’y avait-il pas moyen de faire autrement ? D’éviter à tout le monde tant de souffrances inutiles ? A quel « démon de midi » a cédé Martine en envoyant tout balader dans sa vie de femme libre ?
André Lugardon.
(120 000, c'est le nombre de divorces prononcés chaque année en France. Mariés entre 24 et 26 ans, la rupture entre les conjoints survient en moyenne après 14 ans de mariage à l'approche de la quarantaine. Par la suite, 87% des enfants vont vivre chez leur mère à laquelle 79% des pères versent une pension alimentaire. Source : http://www.sos-divorce.org/statistiques.htm )