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Soudain la flamme a vacillé.

Jeanne est née le 21 juin 1929 à Agen, Lot-et-Garonne, dans la maison familiale de son père. Sa mère venait de Bretagne. De  Napoléonville. Elle meurt de la tuberculose alors que sa fille a quatre ans. Jeanne n'a aucun souvenir de sa mère car dès sa naissance elle a été élevée par ses grands parents paternels. Sa mère se trouvant dans un sanatorium. En ce temps-là on ne savait pas soigner la tuberculose. Pour protéger sa fille et son mari, sa famille, la mère de Jeanne s'est tenue éloignée des siens tout le temps de sa maladie.

En 1939, Jeanne a donc 10 ans. Elle va vivre les quatre ans de la seconde guerre mondiale à la campagne, à Saint Hilaire, pas très loin d'Agen, avec ses grands parents paternels. Grâce au jardin familial elle n'aura pas trop faim. Un dimanche, à la sortie de la messe, en lisant les bans de mariage sur le mur de l'église, elle apprend que son père se remarie. Personne ne lui en avait parlé. En ce temps-là on ne disait  rien aux enfants des histoires des adultes.

En 1946, Jeanne quitte Agen pour l'internat de l'école normale d'institutrices de Mont-de-Marsan. Elle ne rentre plus que trois fois par an chez son père. A Noël, à Pâques et aux grandes vacances d'été. Comment? En car, un car sans chauffage et sans climatisation.  Départ de Mont-de-Marsan à 6 heures du matin en direction de Nérac. Arrêt d'une heure à Nérac pour changer de car. Arrivée à Agen à 13 heures. Le car s'arrête dans tous les petits villages. Sept heures pour parcourir un peu moins de 120 kms. Pour revenir ensuite à Mont-de-Marsan même chose dans l'autre sens. Soixante ans plus tard il n'y a toujours pas de train entre Agen et Mont-de-Marsan. C'est toujours un car qui fait la liaison mais un car plus "moderne" avec climatisation et chauffage et système de freinage ABS.  L'état des routes s'est un peu amélioré. Il y a un peu moins d'arrêts dans les petits villages. Il y a un peu moins de monde dans le car. Chacun d'entre nous se déplace maintenant avec son véhicule individuel. Chose inconcevable en 1946.

En janvier 1948, Jeanne perd sa grand-mère paternelle, en mai 1948 son grand-père. Durant tout l'été 48 elle est monitrice de colonie de vacances. En ce temps-là pas de diplôme exigé. Il suffit d'être volontaire et d'accepter les conditions de travail: un seul soir de repos pendant tout le séjour; pour le bal du 14 juillet.

En 1950, Jeanne est nommée directrice d'une école à classe unique dans un petit village perdu dans la forêt des Landes. Il y a trois écoles dans trois quartiers différents de la commune.

En 1951, Jeanne épouse un collègue d'un village voisin. En 1953, de leur union naît le petit François à la maternité de l'hôpital de Mont-de-Marsan. En 1958, il va à l'école avec sa mère. Aujourd'hui encore il se souvient du bâtiment: un gros cube posé à l'écart du village, à l'orée de la forêt. Des fenêtres toutes en hauteur. Impossible de voir le paysage. Vue uniquement sur le ciel. François a appris depuis que c'était fait exprès. Impossible de rêvasser et beaucoup de murs étaient ainsi disponibles à hauteur des enfants pour afficher les cartes de France et de son empire colonial ainsi que les tableaux de conjugaison et de sciences. A portée des yeux des enfants: rien que de "l'utile".  Le bâtiment est entouré d'un enclos grillagé fermé par un portail en bois. A part de l'école Il y a un bûcher et un préau couvert fermé sur trois côtés seulement et des wc à la turque collés au préau. Les WC ont des portes qui ne vont pas jusqu'en haut. C'est fait exprès. A tout moment l'adulte peut y jeter un coup d'oeil et intervenir si nécessaire.  

Il n'y a pas de chauffage central, pas d'eau courante au robinet. Il y a un poêle à bois au milieu de la salle de classe. Ce sont les grands qui s'en occupent.Dans la cuisine du logement de fonction il y a une pompe à main sur l'évier. Comme Jeanne n'habite pas sur place elle demande au conseil municipal de faire de la cuisine une cantine. Cela suppose l'achat d'un deuxième poêle et de prévoir un peu plus de bois de chauffage tous les ans. C'est fait et l'hiver les enfants qui ne rentrent pas chez eux entre midi et deux mangent au chaud le repas froid qu'ils portent de chez eux enroulé dans une grande serviette ou un torchon. ( Omelette froide entre deux tranches de pain ou de la ventrèche ou de la saucisse froide ). Certains élèves font plusieurs kilomètres à pied ou en vélo matin et soir pour venir à l'école et rentrer chez eux. Les routes à l'époque sont calmes. Il n'y a que trois véhicules qui les parcourent régulièrement: celle du maire, une traction noire, celle du docteur, une Dina Panhard verte , celle du boulanger, une 2CV fourgonnette grise. Sur ces trois personnes il y en une qui n'a pas le permis, qui n'a jamais eu le permis et qui a conduit jusqu'à sa retraite sans permis. Chut silence! On roulait pour vous! Ne venez pas nous ennuyer avec ça!

François se souvient. On allait à l'école jusqu'au 14 juillet. On reprenait fin octobre, après les vendanges. On travaillait le lundi, le mardi et le mercredi. Le jeudi c'était le jour du catéchisme. On travaillait le vendredi et le samedi toute la journée. En ce temps là pas de tiers temps pédagogique, pas de gym, pas d'anglais, pas d'informatique. Juste du Français et du Calcul, de l'Histoire et de la Géographie, des sciences naturelles à longueur de journée et d'années scolaires. Jeanne avait une vingtaine d'élèves du CP au "Certoch". A l'approche de l'examen elle restait à l'école jusqu'à 7 heures du soir gratuitement, "bénévolement", pour faire "bachoter" ses élèves, "ses" candidats. Tous et toutes ont fait leur chemin dans la vie aidés par les bases solides  en Français, Calcul et ... " économie domestique" reçues de Jeanne,  reçues de "main de maître".

Aujourd'hui Jeanne rencontre souvent ses anciens et anciennes élèves au marché, à la pharmacie, chez le docteur ou le dentiste. Tous et toutes la saluent. Tous et toutes font un bout de discussion avec elle. Demandent de ses nouvelles, des nouvelles de ses enfants, de ses petits enfants, de son mari; donnent des nouvelles de leurs enfants, de leurs maris et ... de leurs petits enfants. Toute sa vie Jeanne a été une femme de devoir convaincue que " la première récompense du devoir accompli c'est de l'avoir fait". François est fier d'avoir eu sa mère comme "instit". François est tout simplement fier et heureux de l'avoir eu comme mère. Il mesure sa chance d'avoir pu faire autant de chemin avec elle. La vie terrestre de Jeanne s'est arrêtée le lundi 10 mars 2008 à midi trente. Soudain la flamme a vacillé puis s'est éteinte tout doucement mais sa lumière reste dans le coeur de tous et de toutes celles qui l'ont connue.

André Lugardon.


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POUR MA MERE Il y a plus de fleurs Pour ma mère, en mon coeur, Que dans tous les vergers ; Plus de merles rieurs Pour ma mère, en mon coeur, Que dans le monde entier ; Et bien plus de baisers Pour ma mère, en mon coeur, Qu'on en pourrait donner. MAURICE CARÊME LA LANTERNE MAGIQUE © Fondation Maurice Carême  
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M
Demain, dès l'aube... Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombeUn bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.Victor Hugo
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