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Et s'il avait raison?

LIVRE
Décoloniser l’imaginaire

LE CHOIX DU FEU, AUX ORIGINES DE LA CRISE CLIMATIQUE d’Alain Gras

Fayard, 282 p., 19 €

Y
a-t-il un axe du progrès ? Alain Gras, professeur de socioanthropologie des techniques à l’uni­versité Paris I-Panthéon Sorbonne, en doute fort. Dans
Le Choix du feu, il bat en brèche une vision «continuiste» répandue dans les esprits, celle qui présente comme une évidence que « l’automobile continue le char hippomobile, que la tronçonneuse prolonge la hache de pierre, que la pompe à vapeur améliore la noria [machine hydraulique actionnée par le courant de l’eau], que le ciment se substitue au torchis, que le GPS précise la représentation de l’espace des portulans, des cartes marines d’antan… ». Bref que l’homme cisèle et perfectionne en permanence la flè­che du progrès. Qui l’a ainsi conduit sur le chemin de la machine à vapeur.
Cette trajectoire n’était pas obligatoire. Il y a une part de hasard dans la rencontre entre l’homme et le feu. Un hasard à l’origine du développement technique fulgurant basé sur la combustion des énergies fossiles qu’a connu l’humanité depuis le XIX

e
siècle. Mais un hasard qui a aussi mené à un incroyable enfermement. Pourquoi diantre l’homme a-t-il ainsi mis tous ses œufs dans le même panier, fondé tous ses espoirs sur un seul des quatre éléments naturels comme source d’énergie, et totalement négligé l’eau, l’air et la terre ?
Alain Gras nous propose une autre lecture de l’histoire. Le feu n’est pas forcément l’aboutissement ultime. Il fut un choix fait à un moment donné. Un choix aux conséquences vertigineuses qui a conduit à un emballement de la machine thermique pour sa­tisfaire un besoin de mobilité effrénée des personnes et des biens avec des autoroutes transformées
« en en­trepôts ambulants remplis de marchandises nomades ».
Un choix qui a, par la même occasion, fermé tous les autres horizons, tous les autres possibles énergétiques et s’est révélé lourd de conséquences en termes d’or­ganisation des sociétés – ce qu’Alain Gras appelle les

« macrosystèmes techniques ».
Jusqu’à nous rendre in­capables de penser une société qui ne serait pas basée sur cette combustion des énergies fossiles.
Certes on ne peut pas refaire l’histoire. On peut en re­vanche en avoir une autre vision. C’est ce qu’Alain Gras propose dans ce livre très instructif. L’auteur brise des carcans, s’affranchit du prisme habituel pour éclairer l’histoire de l’évolution des techniques sous un nou­veau jour. Il invite ainsi à
« décoloniser l’imaginaire », à changer le regard sur le passé pour se libérer du joug du feu et penser d’autres modes de vie.
MARIE VERDIER

 
 
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A
décoloniser l'imaginaire....http://www.libelabo.fr/2007/10/08/la-decroissance-peut-elle-sauver-la-planete
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