Dimanche 6 mars 2006, 18h32, je roule sur une autoroute du Sud de la France depuis plus d'une heure et j'ai envie de m'arrêter, de faire la pause.Je pense que si je le fais maintenant il y aura moins de monde au restaurant autoroutier que plus tard quand les automobilistes de retour de la neige s'arrêteront pratiquement tous au même moment aux mêmes endroits. J'aperçois les lumières d'une station d'essence, d'un restaurant, d'un libre service au fond de la ligne droite. Ce n'est pas une simple aire de repos. C'est quelque chose d'important où il y a tout ce que l'on peut trouver sur une autoroute. Je ralentis puis à hauteur de la bretelle d'accès je quitte la voie principale et j'avance lentement vers les lumières. Je me gare. Peu de monde sur le parking. "Chouette". Je rentre dans une boutique où il y a un peu de tout. C'est calme . "Chouette". Je "traînaille" un peu pour faire mon choix. Ce n'est pas encore l'heure de pointe. J'apprécie le silence de la pièce. Les serveurs sont relax mais on sent qu'ils se préparent pour le coup de feu de tout à l'heure. Et puis soudain la porte d'entrée claque. Une jeune maman de 25 ans environ entre précipitament avec un petit garçon de trois/quatre ans dans les bras hurlant comme une sirène d'alarme. Tout le monde s'arrête et les regarde. Que se passe-t-il? Un drame? Une catastrophe? Une urgence? Non pas du tout. Le petit garçon à sa mémère devait dormir dans la voiture. " On " l'a réveillé. Il est de mauvais poil. Il le fait savoir. Il hurle et se débat en tous sens dans les bras de sa mère. Il me semble fort capable de marcher tout seul mais sa maman le porte et le cajole, le pouponne. Elle s'efforce de le calmer. Elle lui explique que c'est l'heure de faire la pause et que maintenant c'est bien de s'arrêter parce qu'il n'y a pas beaucoup de monde et que là il va pouvoir manger et boire tout ce qu'il veut mais lui ... il ne veut rien! Et surtout pas se calmer. Nous sommes quelques uns dans la pièce à nous regarder un instant dans les yeux. Personne ne dit rien et chacun reprend ses activités dans son coin. Le cirque continue. "Petit chéri d'amour" ne veut pas de gâteau ni de chocolat ni de chaise haute ni de jus de fruit. Et maman a beau demander " Mais qu'est-ce que tu veux?" il n'y a toujours pas de réponse. Nous sommes toujours dans le registre "sirène d'alarme"!... Le papa vient de faire son entrée. Il referme la porte. Ouf! Bonne idée car le froid extérieur commençait à se faire sérieusement sentir. J'observe discrètement le père. Va--t-il intervenir? A la main droite il tient un tout petit bout de chien noir bien plus calme que son fils. A la main gauche une malette avec je suppose tout le nécessaire pour changer la couche du gros bébé d'amour à sa maman. Le dialogue entre la mère et son fils se poursuit: " Tu ne veux pas rester là? Où veux-tu aller?". Le "petit chef" toujours hurlant montre du doigt une autre boutique qui brille de l'autre côté de la fenêtre. Alors... tout notre monde ressort comme il était entré: dans le bruit et la fureur et... sans refermer la porte. Le petit bout de chien noir les suit docilement au bout de sa laisse rouge. Les pauvres. "Ils" n'ont pas fini d'en "baver". Qu'est-ce que ça va donner quand "chéri d'amour" va grandir? Et que ses exigences vont grandir... Va-t-il continuer dans ce registre là? Où tout cela va-t-il les mener? Papa va-t-il continuer à ne rien dire? à laisse faire? Maman va-t-elle continuer à parler à son fils comme à son amoureux? Va-t-elle continuer à lui passer tous ses caprices? Est-ce que je viens d'avoir affaire à un cas isolé? Oui sans doute quoique j'ai parfois l'impression qu'il y a de plus en plus d'enfants et de parents comme ça. Qui d'entre nous n'en a pas rencontrés dans le bus, le train, dans les rayons des grandes surfaces, dans la salle d'attente du médecin ou du dentiste? Et parfois même... dans sa propre famille. Oui les temps changent. Les parents, les enfants et les grands parents aussi. Parfois c'est surprenant et un peu déroutant. Ainsi va la vie... André Lugardon
Notes de lecture:
"L’autorité parentale : la crise!"
(...) " On dit que Madonna, la sulfureuse star du showbizz, se vante d’interdire la télévision à sa fillette. C’est curieux parce qu’elle a, jusqu’ici, fait preuve d’une très grande permissivité mais tout à coup, elle se prononce : " Pour moi, la télévision et l’enfant, c’est non! " " (...)
(...) " Quand on n’a plus à s’occuper de ses enfants, on peut trouver que les enfants des autres sont mal élevés." (...)
(...) " Parents, vous ne faites pas ce qu’il faut. Si ça continue, votre enfant ne deviendra jamais adulte! " (...)
(...) " Dans " Les cinquante ans qui ont bouleversé la famille ", on mentionne " la création du mouvement de libération de la femme " dans les années 60, qui a contribué à remettre en question l’autorité – celle du père, en particulier, qui avait, pendant très longtemps, été considérée comme la représentation en miniature de ce qu’est un état totalitaire. " (...)
(...) " Le tout, tout de suite, témoigne une mère. Le désir immédiatement satisfait, les fringues, les marques. Alors que non : le travail, par exemple, ne sera pas obtenu par le désir puéril mais par la volonté ". (...)
(...) " Les jeunes gens d’aujourd’hui aiment les chevaux rapides. " Horace, poète latin. (...)
(...) " La liberté est-elle devenue liberticide? " (...) " Le trop de liberté tue-t-il la liberté?" (...) " Le trop et le peu gâte le "je" ." (...)
(...) " La société, les institutions, le marché se sont sans doute égarés à donner à la jeunesse plus d’importance qu’elle ne doit en avoir. " (...) " la société marchande a trouvé là souvent matière à parfaire son commerce, son emprise sur les esprits. " (...)
(...) " Esther a 16 ans. Elle aime. Sa mère ne le lui reproche pas mais il y a néanmoins conflit. L’objet n’en est pas, comme naguère, la moralité des jeunes filles. On n’accuse pas Esther de taire ce terrible secret du sexe, la première fois, qui hantait jadis les mères, les pères et les filles. On s’indigne au contraire qu’elle étale avec l’indifférence d’une petite fille une vie privée de presque femme. Est-ce parce que, comme tous les enfants, elle a grandi dans une société de ' on-se-dit-tout-on-ne-se-cache-rien '? Éva, la mère, dénonce en tout cas avec force cet état de voyeurisme auquel de plus en plus d’adolescents veulent contraindre leurs parents. Les premières relations sexuelles des jeunes doivent-elles vraiment être accueillies par la famille? "
(...) " Ce sont les non qui construisent l’enfant. Mais pas n’importe quel non. Pas le non baudruche qui s’enfle de toute la fatigue d’une journée d’adulte et vient se fracasser sur la longue attente d’une journée d’enfant. Pas le non alibi, qui tonne pour le futile et masque une infinité de oui piteux sur les affaires sérieuses. Un non, ça se pèse, ça se mérite, il faut du temps pour le rendre intelligible. ' Un non, ça ne se galvaude pas, ça n’est pas une vocifération, une crise de nerf. Un non, il faut que ce soit encore de l’amour. "
d'après BOGGIO, Philippe. " Laisse pas traîner ton fils ", Marianne,
22 au 28 février 1999
Source photo: http://www.flickr.com












Traduction : Amandine Py
