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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 16:38

 

 

Vendredi 11 juin 2010, 18 heures, salle de judo de C...

 

C'est le dernier cours de Judo de l'année. C'est le passage de grade. Tous les enfants sont là. Plus de 25. Beaucoup de parents sont là aussi debout ou assis tout autour des tapis. Nous sommes serrés les uns contre les autres. Le professeur principal est là bien entendu ainsi que le jeune homme en formation qui l'assiste dans ses cours. Plusieurs ceintures noires du club les entourent.

 

De 18 heures à 19 heures 30 chaque enfant va passer devant tout le monde pour montrer ce qu'il sait faire, ce qu'il a appris. En fonction de ce qu'il aura fait ou non il aura ou non sa ceinture supérieure. Il me plait d'imaginer qu'il pourrait en être ainsi à l'école primaire, au collège, au Lycée pour passer d'une classe à l'autre. Je mesure le travail accompli par le prof et son assistant tout au long de l'année à travers ce que font chaque enfant devant nous. Souvent ils ont passé plus de temps à mettre les enfants en situation d'élève, en situation d'apprendre qu'à leur enseigner les prises de judo. Souvent ils ont passé plus de temps à expliquer aux parents ce qu'ils faisaient, ce qu'il voulaient faire, ce qu'il leur faut faire pour faire progresser les enfants qui leur sont confiés. Au judo nous n'en sommes pas encore au stade du rugby où l'arbitre passe son temps à expliquer lors des grands matchs télévisés à des joueurs professionnels pourquoi il a sifflé faute! Mais ça vient!

 

Il est déjà 19 heures. Voilà c'est la fin de la saison judo 2009/2010. Quelques mots du professeur pour les enfants et les parents, quelques mots du Président du club pour les parents et les enfants, quelques mots du Maire Adjoint chargé des sports pour les parents, les enfants, le professeur et le Président. Et vient le temps d'une dernière question du professeur à ses élèves d'une année: «  Les enfants qui a l'intention de revenir l'an prochain? » Beaucoup de doigts se lèvent. Quelques doigts ne se lèvent pas. Certains enfants ne reviendront pas l'an prochain parce que leurs parents quittent la ville pour des raisons professionnelles. Et puis certains enfants ne reviendront pas parce qu'ils l'ont décidé ainsi. Les parents expliquent: «  Il a voulu essayer, il va essayer le foot l'an prochain,. » ( ou la natation, l'athlétisme, le rugby, la danse etc...etc...) «  Il est jeune encore, il faut qu'il essaye un peu de tout ... ». Il n'y a rien à dire à cela. Le judo n'est pas obligatoire. Le sport n'est pas obligatoire. Cette phrase tous les responsables de clubs sportifs qui s'occupent d'enfants l'entendent régulièrement. Le problème avec le Judo c'est qu'un an ou deux d'entraînements ce n'est pas suffisant pour en « récolter »  les fruits. Il faut dix ou quinze ans d'entraînement, de stages, de compétitions pour devenir judoka. C'est un long chemin et tous n'arrivent pas au bout. Il faut la patience, l'endurance, la volonté du marcheur de randonnée en haute montagne. Les enfants « zappeurs » resteront au bord du chemin. Du moins en ce qui concerne le judo. Mais ils trouveront sans doute ailleurs ce qui leur convient mieux. Dans notre ville l'offre sportive associative est importante. Ils n'ont que l'embarras du choix.

 

Il est maintenant 20 heures. Quelques parents sont restés avec leurs enfants. Apéritif en commun, repas familial simple, grillades au charbon de bois, une vraie ratatouille faite maison, des gâteaux faits maison. Du vin de chez nous. J'aime cette ambiance « fin d'année scolaire » , début d'été, ça sent les vacances. Cela me rappelle qu'il y a deux ans à peine j'étais encore instit en maternelle. Je regarde les jeunes mamans à table autour de moi avec leur mari ou compagnon, leur ou leurs enfant(s). Je pense à ma mère et à ma grand-mère décédées. Les jeunes femmes d'aujourd'hui ont-elle une meilleure vie que les jeunes femmes d'hier? Je remarque autour de moi quelques mamans qui « se mettent la pression » avec leur(s) enfant(s). Il leur faut aujourd'hui être une femme parfaite au travail, à la maison et avec cet enfant qu'elles ont voulu quand elles l'ont voulu avec qui elles l'ont voulu: il est le centre de leur préoccupation de tout instant. Elles se veulent "mère parfaite d'un enfant parfait." Certains enfants sans s'en rendre compte vraiment en profitent pour tyraniser leur mère respective exigeant d'elle toujours plus, testant sans cesse les limites. Les pères parfois interviennent s'ils ont assez de caractère pour le faire. Mais il arrive qu'ils se taisent et s'effacent. Et l'enfant se retrouve inscrit au Judo dans l'espoir qu'on va lui apprendre à être gentil, poli, obéissant, respectueux de ses parents.

J'observe ce phénomène sans chercher à juger, condamner, critiquer car je me rappelle que marié deux fois, divorcé deux fois, j'ai pas mal « pataugé » moi aussi avec mes enfants quand j'étais « jeune parent » . Et le Judo m'a bien aidé à devenir « parent ». Je choisis les douceurs des desserts faits par les parents pour terminer la soirée sur une note réconfortante et … gourmande. L'an prochain sera une autre saison. En attendant rien ne vaut le plaisir d'être avec les autres. «  Le paradis c'est les autres ». Demain il fera encore beau. Il y aura des enfants à nouveau sur les tatamis à la rentrée prochaine et la saison reprendra et j'espère qu'il en sera ainsi longtemps encore. Avec ou sans moi.

 

André Lugardon.

 

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Photo Flickr.

 


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Published by André Lugardon - dans journalperso
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