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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 11:36

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Lucie a été infirmière D.E 41 ans. Elle vient de prendre sa retraite. Elle a accepté de répondre aux questions du Journal Paroissial.


 

JP: Quel a été votre parcours professionnel?


 

Ecole d’infirmière, deux ans. Centre Hospitalier Universitaire, un an. Hôpital pshychiâtrique, 11 ans.  “Infirmière  de campagne”, 29 ans.


 

JP: Où avez-vous appris votre métier? En quelles années? Quels souvenirs en gardez-vous?


 

A l’hôpital de Nantes.  De septembre 1966 à septembre 1968.  J’ai  trouvé au début que c’était dur.  J’avais dix-huit ans.  Vider  les bocaux d’urine. L’odeur est parfois très forte. Faire les toilettes. Il  fallait faire tout ce qu’on nous demandait sans rechigner. Mais il y avait les cours. Nous apprenions beaucoup. Nous nous sentions responsables, “grands”, utiles.La directrice de l’école d’infirmières était une religieuse. Un jour nous nous sommes faits prendre en train de fumer  dans une salle de  TP.  Nous avons été punies. La punition? Quêter pour la Croix  Rouge à la sortie de la messe du Dimanche. Une copine est allée  faire la quête dans les cafés.  En deuxième année , j’ai fait  quelques nuits en chirurgie. J’avais  19 ans. J’allais de chambres en chambres, de malades en malades: prises de tension, préparation des perfusions pour le lendemain.  On n’arrêtait pas. Premier contact avec la mort. Aujourd’hui encore je me souviens de mon premier mort. Mais, à vingt ans , j’avais un  diplôme,  un métier , du travail, un salaire.  Un rôle à  jouer dans la vraie vie.


 

JP: Pourquoi êtes-vous devenue infirmière?


 

Ma mère m’a dit “Pourquoi tu  ne passes pas le concours d’infirmière?”  Je pensais qu’effectivement c’était un beau métier de soigner les malades. Je l’ai passé et j’ai été reçue.


 

JP: Une fois devenue infirmière Diplômée d’Etat  quel a été votre premier emploi?


 

L’hôpital de Nantes en pneumo phytsio.


 

JP: Pourquoi n’y êtes-vous pas restée?


 

J’avais lu dans une revue professionnelle que l’hôpital  psychiatrique de La Verrière, près de Paris, recherchait des infirmières psys et les formait  tout en les payant.  J’ai fait acte de candidature. J’ai passé des épreuves de sélection et des  entretiens. J’ai été acceptée . Au bout d’un an de formation, j’ai eu un diplôme d’infirmière spécialisée  non reconnu  par l’Etat.


 

JP: Qu’est-ce qui vous a marqué en  psychiatrie?


 

La souffrance des malades. La difficulté de les soigner. Les rechutes. Les suicides.


 

JP: Pourquoi n’êtes-vous pas restée en psychiatrie?


 

Je me suis mariée. A la naissance de notre premier enfant , nous avons  décidé de ne pas rester en région parisienne. Nous sommes descendus  dans le Tarn  où vivait la famille de mon mari. Je me suis installée dans un petit village  près de Cordes-sur-Ciel en tant qu’infirmière libérale. J’étais la seule à 20 kms à la ronde.


 

JP: En quoi consistait votre travail alors?


 

Je faisais beaucoup de piqûres, de pansements, de prises de sang.  A la création de la maison de retraite de S… je suis  intervenue en tant qu’infirmière libérale pendant  10 ans dans cet établissement devenu aujourd’hui un  EHPAD (1). Je travaillais tous les jours de la semaine, jours fériés et jours de fête compris.  J’ai commencé avec une 2CV achetée d’occasion et une carte routière du canton. Je  demandais  souvent ma route.


 

JP: Quels souvenirs gardez-vous de cette période de votre vie professionnelle?


 

Les hivers avec beaucoup de pluie, de  neige, de verglas, c’était  dur. Mais le printemps, l’été, l’automne, c’était magnifique de travailler dans le Tarn.  Et puis j’étais très bien accueillie dans les familles. Je partageais les moments difficiles .  Je soignais, soulageais, accompagnais dans les moments douloureux.  Mais j’étais aussi invitée à partager des moments heureux. En 29 ans de métier d’infirmière de campagne beaucoup de liens se sont créés.  Vient le  jour où l’on soigne les enfants des enfants de ses premiers clients.


 

JP: Comment a  évolué le métier au fil des ans?


 

Très vite j’ai eu trop de travail. Je me suis associée avec d’autres infirmières. Nous avons créé une société civile professionnelle. Nous avons ouvert un cabinet avec une secrétaire. Nous avons organisé notre activité par équipe et par secteur.  Nous avons fait  de plus en plus de toilettes et de soins à des personnes  âgées qui souhaitaient  finir leur vie chez elles. Lorsque j’ai pris la retraite nous étions  7 infirmières et une secrétaire.


 

JP: Les mots de la fin?


 

Une vie, ça passe vite!.. Je rêve souvent que je travaille encore.


 

(1) EHPAD: Etablissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes.


 

 

 

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Published by Annick Naux - dans journalperso
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commentaires

Colibri 06/06/2016 18:00

Merci de votre commentaire.

Adecco Medical 06/06/2016 16:35

Bonjour et merci de partager ce témoignage de Lucie sur son parcours professionnel en tant qu'infirmière. Sa carrière fut riche et on voit qu'elle y tient beaucoup. Nous lui souhaitons une excellente retraite.

CLEMENT 14/04/2014 18:30


Après un tel parcours, je comprends le mot de la fin : "une vie, ça passe vite !" Alors je souhaite à Lucie une retraite paisible et heureuse... Orane

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