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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 09:07
Enfant, adolescent, jeune homme j’ai souvent entendu “les anciens” me dire  et me répéter:
“- Ah! petit si tu avais connu la guerre, tu le mangerais le gras du jambon.”
“- Ah! petit si tu avais connu la guerre, tu les mangerais les rutabagas cuisinés avec amour par ta grand-mère.”
“- Ah! petit si tu avais connu la guerre tu critiquerais un peu moins la société actuelle. La vie d’aujourd’hui a du bon.”
Adulte j’ai parfois entendu “les anciens” me dire:
“- Il faudrait une bonne guerre, ça calmerait les gens et ça remettrait les choses  en place.”
Et à chaque fois je me demandais en silence:
“- Mais c’est quoi une bonne guerre? ”
Dernièrement j’ai retrouvé un ancien élève . Nous faisions nos courses dans la même grande surface. C’est aujourd’hui un magnifique jeune homme, papa de deux enfants magnifiques.  Je lui ai demandé de ses nouvelles et des  nouvelles de sa petite famille. Il m’a surtout parlé de  lui et de ses soucis au travail. Il est salarié d' une grande entreprise locale. Il m’a dit  que le carnet de commandes n’était pas très rempli. Ils “tournent” au ralenti. Il est inquiet pour son avenir professionnel. Il m’a dit:
“- Il faudrait une bonne guerre pour relancer l’économie.”
Je lui ai fait remarquer que l’on pouvait relancer l’économie autrement que par “une bonne guerre”. Je lui ai dit:
“- Il n’y a pas de bonne guerre. Dans les guerres modernes  il meurt plus de civils que de soldats. Tu as deux jeunes enfants.” 
Il ne m’a pas répondu. Et moi je n’ai pas  répondu à son inquiétude.

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Source photo: Flickr.

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Published by André Lugardon - dans journalperso
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commentaires

CLEMENT 04/06/2013 13:20


Bien belles paroles que tu as dites à ton ancien élève, JEF ! Tu n'as peut-être pas apaisé son inquiétude, mais tu as surement fait germer un début de réflexion...


Quant à l'Histoire, ce mot garde toute son ambivalence : récit des faits du passé ou petit conte... Je crains qu'au fil du temps, elle n'ait pas servi d'exemple ; les peuples loublient pour un
présent plus ou moins rassurant.


Orane

André Lugardon 04/06/2013 09:18



Lucien Converset, dit Lulu, est prêtre. Il a 75 ans. Il a  pris la route  le 25 mars 2012 avec son âne Isidore. Il avait le projet d'arriver à Bethléem pour le Noël 2012. Il marche pour
la paix et le désarmement nucléaire de la France. Ses amis tiennent un blog. Ils donnent régulièrement de ses nouvelles au fur et à mesure qu’ils reçoivent des lettres, des photos de Lulu et
Isidore. Se déplaçant uniquement à pied ils ne sont  toujours pas arrivés à  Bethléem.  Non pas parce qu’ils marchent peu chaque jour. Mais parce qu’ils ont eu une panne cet été.
Une panne d’herbe. En raison d’une très grand sécheresse au Kosovo et en Grèce, Lulu ne trouvait plus d’herbe fraîche pour Isidore au jour le jour au bord de la route. Il a donc interrompu son
voyage. Il a hiverné sur place. Le printemps revenu, Lulu et  Isidore cheminent à  nouveau vers Israël. Pour en savoir plus et suivre leurs aventures voir le lien suivant sur
internet:




“Lulu en camp volant.”

André Lugardon 04/06/2013 09:17



" En l'an 740 avant notre ère, l'armée de Sparte envahit la petite Messénie. Ce fut une guerre acharnée, sans pitié, où les deux petites nations perdirent dans les massacres le tiers de leur
population, le reste étant décimé par les famines et les épidémies. Après vingt ans de guérilla dans les montagnes, les derniers Messéniens se rendirent, épuisés. Mais Sparte ne valait guère
mieux.




 

 



Sur leurs terres ravagées, il s'ensuivit un demi-siècle de paix fourbue, pendant laquelle les deux nations lentement relevaient leurs ruines. "Plus jamais ça!", disaient les survivants, qui
conservaient de trop d'horreurs un souvenir atterré. La vie dans l'archipel redevenait aimable et douce. La guerre fut oubliée. Les jeunes nés après elle, et qui n'en avait rien connu, refusaient
d'y penser: pour eux c'était le Déluge, la préhistoire. Ils plaisantaient ce qui restait des anciens combattants parce que, borgnes, boiteux ou perclus, ils devenaient vieux et radoteurs.




 

 



Il y avait eu, après la saignée, énormément de naissances. La Messénie put se refaire une armée, nombreuse et dynamique. Quand elle fut assez forte, elle trouva l'appui d'Argos et de l'Arcadie
et, par surprise, fondit sur Sparte. Ce fut une guerre acharnée, sans pitié, où les deux nations perdirent dans les massacres le tiers de leur population, le reste étant décimé par la famine et
les épidémies. Après quelques années de carnages mutuels, les Messéniens, épuisés, durent se rendre. Mais Sparte était ravagée.




 

 



Il s'ensuivit un demi-siècle de paix dans l'archipel. "Plus jamais ça!", disaient les survivants qui conservaient de trop d'horreurs un souvenir atterré. La vie redevint aimable et douce. La
guerre fut oubliée. Les jeunes, nés après elle et qui n'en avaient rien connu, refusaient d'y penser. Pour eux c'était le Déluge. Ils plaisantaient les radotages des anciens combattants et
préféraient commenter, de loin, la révolte des Perses contre les Mèdes, leurs victoires sur l'empire lydien, sur Babylone, sur l'Egypte, sur l'Inde et admiraient ses conquérants farouches.
Lesquels fondirent sur eux sans prévenir. Ce fut une belle tuerie. La guerre dura quarante ans, acharnée, sans pitié. Les armées fondaient comme du beurre, ruinant les populations, que décimèrent
les famines et les épidémies. A la fin toutefois, les Perses épuisés renoncèrent, vaincus successivement à Marathon, à Salamine et à Platée. Athènes était glorieuse, mais non moins
épuisée.







Il s'ensuivit, avec Périclès, vingt ans de paix dans l'archipel. La vie y redevint aimable et douce. On oublia la guerre, ses désastres et ses dévastations. "Plus jamais ça!", disaient encore les
vieux, mais les jeunes, qui n'en avait rien connu, refusaient d'y penser et s'en moquaient éperdument. Salamine et Platée, pour eux c'était le Déluge. Ils plaisantaient les anciens combattants -
avant de se précipiter, à leur tour, dans une nouvelle tuerie.







Et caetera. Et caetera et caetera."







( Vercors in "Assez mentir" aux Editions Ramsay ).

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