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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 16:10

Il est bon d'être solitaire. Il est bon également d'aimer. Avoir de l'Amour d'un être humain à un autre, c'est peut-être le plus difficile et cela nous est imposé. C'est l'extrême. C'est l'ultime preuve, la mise à l'épreuve. C'est le travail pour lequel tout autre travail n'est que préparation.

 

C'est pourquoi les jeunes gens, qui sont en tout des débutants, ne sont pas capables d'amour. Ils doivent l'apprendre de tout leur être, de toutes leurs forces ramassées autour de leur coeur solitaire, inquiet, d'où montent les battements. Ils doivent apprendre à aimer. Mais le temps de l'apprentissage est toujours long et clos. Aimer est donc pour longtemps, loin en entrant dans la vie, solitude. C'est une plus intense et plus profonde manière d'être seul pour qui aime.

 

Aimer n'est rien d'abord qui signifie se fondre, se donner et s'unir à une seconde personne. Que serait en effet l'union de l'inéclairci et de l'imprécis, de ce qui n'est pas encore en ordre? C'est pour l'individu une sublime occasion de mûrir, de devenir en soi-même quelque chose, de devenir monde pour l'amour d'un autre; monde pour soi-même.

 

Aimer est une grande et immodeste exigence envers l'individu. C'est une chose qui le choisit et l'appelle vers le vaste. C'est dans ce sens seulement, celui d'une tâche, d'un travail sur soi, ausculté et martelé jour et nuit, que des jeunes gens devraient se servir de l'amour qui leur est donné. Se fondre, se donner toutes les manières d'être en commun, voilà qui n'est pas pour eux. Il leur faut longtemps, longtemps encore, épargner, amasser. Voilà l'ultime, ce à quoi peut-être des vies humaines ne peuvent suffire encore aujourd'hui.

 

Or, c'est là que se trompent si souvent et si lourdement les jeunes gens qui, essentiellement, n'ont pas de patience. Ils se jettent les uns aux autres quand l'amour vient sur eux. Ils se répandent tels qu'ils sont, avec tout leur déséquilibre, leur désordre, leur confusion. Mais que doit-il en advenir? Que doit faire la vie de ce tas de mille débris qu'ils appellent leur communauté et qu'ils aimeraient bien, si c'était permis, nommer leur bonheur et leur avenir?

 

Là, chacun se perd pour l'amour de l'autre et perd l'autre et beaucoup d'autres qui voulaient encore venir; et perd les vastes espaces, les possibilités et change l'approche et la fuite de choses silencieuses, pleines de pressentiments, contre une perplexité stérile d'où plus rien ne peut venir; rien qu'un peu de dégoût, de déception, de pauvreté.

Et l'on cherche alors son salut dans l'une des nombreuses conventions qui, pareilles à des refuges publics, bordent en grand nombre ce très dangereux chemin.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926)

"Lettres à un jeune poète"

 

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Photo Flickr.

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Published by André Lugardon - dans journalperso
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commentaires

Orane 15/10/2011 12:27



A PAUL  (Mais qui n'a rien à voir avec ce texte, mais avec les origines de l'homme dont nous avons parlé ...


Va sur www.pluzz.fr pour trouver ARTE et l'émission de ce mation 10h "Fête de la science" qui démontre comment l'arbre de vie n'a pas la forme d'un chêne dont
l'homme serait au sommet, mais celle d'un buisson en forme de boule : Passionnant ! Cela nous mettra tous les deux d'accord


Amicalement Orane



Orane 13/10/2011 17:54



A JEF


Merci d'avoir pris le temps de nous laisser un petit mot et de nous apprécier.


Surtout n'arrête ps ton blog ; sinon, que lirais-je, puisque je ne peux plus rien lire d'autre ! Et surtout, je ne pourrais plus y mettre mon grain de sel ! Bien que je ne sois pas vraiment
drôle...


Orane



Orane 13/10/2011 17:50



Non Paul ! Désolée de te contredire ! l'empathie n'est surtout pas une adhésion à quoi que ce soit de l'autre ! Tu gardes complètement ton libre-arbitre : c'est simplement un élan vers l'autre ,
vers le regard de l'autre, s'il ne te fuit pas, qui te fait le connaître immédiatement, complètement, presque intimement... Car en quelques secondes dans un échanges de regards l'autre se livre
complètement sans a priori, ni arrière pensée, car ton regard n'est que Lumière, ouverture sur le monde et la vie. Voilà ma pratique et ma réponse. En fin de compte, ton monde me paraît vu par le
petit bout de la lorgnette : excuse ce jugement à l'emporte pièce ! il me manque sans nul doute TON REGARD, car les écrits peuvent être trompeurs (surtout les miens, dixit mes filles !!)


Orane



jf 13/10/2011 15:38



Fa, Paul, Orane, vous avez tout dit et je ne vois rien à ajouter si ce n'est que je me sens proche des dauphins. La vie amoureuse de Maria Rainer Rilke a été mouvementée à ce que j'ai entendu en
dire de celui qui me l'a fait découvrir. Merci de vos commentaires qui me motivent pour continuer à tenir "mon" blog. ;+))



paul 13/10/2011 12:41



non orane. je en suis pas du tout d'accord avec votre interprétation du terme d'empathie. vous le confondez avec adhésion aux sensations et visions des autres.


moi je fais juste un constat réaliste du comment fonctionnent les choses.


je sens le regard des autres, je comprends comment il se construit, et je vois, je constate qu'ils ont peur. et que je ne peux rien contre cette peur.


comme ils sont plus nombreux, ils ont le pouvoir ensuite d'exclure et de culpabiliser l'objet de leur crainte, parce que justement eux sont totalement incapables d'empathie c'est à dire de sentir
comme mon regard, mes sensations, ma culture, se contruisent.


ensuite ce que vous appelez humilité moi j'appelle ça soumission adhésion à la culture dominante. moi j'en suis simplement étranger. et ce qui est terrorisant éventuellement pour quelques très
réres personnes, c'est quand elles s'aperçoivent que je ne fais aucune barrière entre les espèces animales et que moi-même je ne m'identifie pas spécifiquement aux humains. je suis au contraire
de la plus part des humains capable de compassion pour n'importe qu'elle espèce animale. les humains sont culturels par natutre et donc totalement projectifs : ils sont parfois capables de
sympathie, mais rarement d'empathie. Ils voient l'autre selon un sous ensemble de leur ensemble de définition culturelle. et quand ils ne peuvent pas identifier ce qu'ils rencontrent, ils le
classent dans ce qu'ils craignent le plus dans leur propre culture.



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