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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 16:06

" (...) Au treizième siècle il y avait les marchands, les prêtres et les soldats. Au vingtième sicècle il n'y a plus que les marchands.  Ils sont dans leurs boutiques comme des prêtres dans leurs églises. Ils sont dans leurs usines comme des soldats dans leurs casernes. Ils se répandent dans le monde par la puissance de leurs images. On les trouve sur les murs, sur les écrans, dans les journaux. L'image est leur encens, l'image est leur épée. Le treizième siècle parlait au coeur. Il ne lui était pas nécessaire de parler fort pour se faire entendre. Les chants du Moyen Age font à peine plus de bruit que la neige tombant sur de la neige. Le vingtième siècle parle à l'oeil, et comme la vue est un des sens les plus volages, il lui faut hurler, crier avec des lumières violentes, des couleurs assourdissantes, des images désespérantes à force d'être gaies, des images sales à force d'être propres, vidées de toute ombre comme de tout chagrin. Des images inconsolablement gaies. C'est que le vingtième siècle parle pour vendre et qu'il lui faut en conséquence flatter l'oeil - le flatter et l'aveugler en même temps. L'éblouir. Le treizième siècle a beaucoup moins à vendre - Dieu ça n'a aucun prix, ça n'a que la valeur marchande d'un flocon de neige tombant sur des milliards d'autres flocons de neige. (...)"

 

" Le Très-Bas",  Christian Bobin, pages 127 et 128, collection folio.

 

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Photo Flickr.

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Published by André Lugardon - dans journalperso
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