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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:30

 

"Alors qu’est-ce que c’est  un père, une mère? Qui dit que l’énergie amoureuse de l’enfant a besoin d’un père et d’une mère? L’enfant a besoin qu’on lui permette d’aimer, aussi loin  qu’on peut aimer (...) Mais un père et une mère convaincus du bon usage de la famille ça fait tout le contraire; ça met l’amour en cage, et ça fait tout pour démontrer que c’est la cage qui est aimable, non l’amour en général, mais l’amour du père et de la mère, que le père et la mère n’ont rien à voir avec les autres hommes, les autres femmes, qu’ils sont d’une autre nature, particulière, unique; que c’est papa et maman, qu’eux seuls sont en mesure de dispenser de l’amour, qu’à eux seuls revient tout l’amour. Le père et la mère s’aiment. Ils aiment leurs enfants et leurs enfants les aiment. L’amour est bouclé à double tour; un tour pour le père, un tour pour la mère. Si ça se passe comme ça, c’est très triste; c’est raté. Qu’on la traverse dans le bonheur ou la frustration, on apprend toujours la même chose en famille: l’amour a besoin de quatre murs et d’une porte close. Insidieusement la famille prépare l’enfant, pour plus tard, à la grande perversion de l’amour: la quête de l’amour unique, de l’amour définitif, qui ne met pas sur la voie de l’amour, mais sur celle de son exécution. On croit marcher dans l’amour, mais quand on se retourne, il est déjà trop tard, le couple est fait. Devoir d’aimer ici. Interdiction d’aimer ailleurs. Il ne reste plus alors qu’à faire une famille. Seul moyen désormais de vivre encore un peu d’amour; avec les enfants. Si on pouvait aimer les enfants des autres, les regarder vivre, les amener à l’école, (...) leur raconter des histoires, les faire rire, sûr qu’on ne serait pas obligé d’en faire soi-même, si on n’en avait pas envie; mais c’est impossible, on  n’a pas le droit. Les enfants des autres, ils sont aux autres, pour l’amour de leurs parents; chasse gardée. Comme on ne peut pas vivre sans amour, ça c’est vrai, au moins qu’un peu, un minimum d’amour, alors on se fait un enfant, des enfants, pour soi tout seul. Et on se fait  pour eux objet irremplaçable, exclusif d’amour; qu’on le veuille ou non. Et ça recommence." 

 

 (Extrait de "Epousailles" d'Annie Leclerc, collection "Le livre de poche", Edition 1979, pages 44/45) 

 

 

 

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Source photo: Flickr.

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Published by Mathilde Jougla - dans journalperso
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Mathilde Jougla 04/08/2013 22:17


J'étais sûr Fa que vous n'aimeriez pas mes extraits d'Annie Leclerc. Ce que nous dit wikipédia d'elle me laisse à penser qu'elle ne peut pas se résumer à ce que j'ai recopié d'elle. Je ne la
connaissais pas avant de la lire mais j'ai connu et je connais des femmes qui partageaient et qui partagent ses points de vue. Pour en savoir plus voici le lien wikipédia qui lui est consacré:


http://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Leclerc


Oui j'ai passé mon dimanche en famille. Et demain je recommence ainsi que mardi. Je suis très famille mais dans une situation familiale un peu particulière... ;+)))

Fa# 04/08/2013 09:38


Je n'aime pas ce texte , il est faux et nihiliste.


Annie Leclerc philosophe, qu'a-t-elle fait de sa vie finalement ? Ses fausses idées l'ont tenue en cage ?


Mais je ne perdrai pas mon temps à démontrer que la vie de famille peut être tout le contraire de ce qu'elle s'acharne à démolir.


Quand on fait le bilan de toutes les femmes qui errent seules avec leurs enfants en les élevant difficilement on se dit que la famille n'est pas aussi enfermante qu'elle le dit, mais protectrice
et en constante évolution.


C'est avec de vaines paroles comme les siennes qu'on a égaré beaucoup de monde , principalement des femmes  malheureusement et par voie de conséquence des enfants également.


 


Bon dimanche jfs, , en famille ?


 


 


 


 

Mathilde Jougla 03/08/2013 16:35


"La famille me fait femme sans nom, fille au nom du père, épouse au nom de l'époux,mère au nom des enfants. Femme sans nom, innommée, innommable. Etre étrange, paradoxal et fascinant. Troublant
mélange d'être et de non-être, de présence et d'absence. Etre qui vit, mais jamais de lui-même; seulement par les autres et pour les autres. Etre qui connaît la langue mais ne parle pas, qui sait
penser mais ne pense pas."  ( Du même auteur, même livre, même collection, page 51)

Mathilde Jougla 03/08/2013 16:28


Les Africains disent qu'il faut tout un village pour élever un enfant. Peut-être que les enfants ne devraient pas être uniquement sous la responsabilité des perents mais aussi sous le regard si
possible bienveillant et éducatif des grands parents, des oncles, des tantes, cousins, cousines. Les familles d'aujourd'hui sont très dispersées, "atomisées"... J'ai eu la chance d'être élevé par
tout un village. J'y pense souvent surtout quand je rencontre des difficultés dans la vie. 

CLEMENT 03/08/2013 12:10


OUF ! Dur, dur, mais hélas réaliste ! Mais, peut-être que la tendance s'inverse depuis une trentaine d'années ? La famille comme "valeur refuge" n'est plus de mise actuellement : on s'aime
librement et on se quitte tout aussi librement, les enfants ballotés de l'un à l'autre... Peut-être faudrait-il regarder du côté des animaux ? De ces quelques espèces qui vivent en couple pour la
vie et élèvent leurs petits jusqu'à ce qu'ils aient l'envie de partir... Orane


 

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