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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:16

 

« Vieux grognon, m'a-t-on dit, le monde vous dépasse.

N'avez-vous pas vécu ? De quoi vous plaignez-vous ?

Ce petit peu de temps, ce petit peu d'espace

Qui furent votre vie, aujourd'hui sont à nous.

Tout change, vient, s'en va. C'est le progrès. C'est tout.

 

Et vous vous cramponnez à vos vieilles chimères.

Du froid de votre hiver, vous rêvez du printemps,

De la douceur du jour dans votre nuit amère.

Et comme tous les vieux, d'eux-mêmes mécontents,

Furieux, vous bougonnez : "C'était mieux de mon temps". »

 

Mais non ! Tant que je vis, j'aime, souffre, respire,

Mon temps, c'est aujourd'hui. Le temps passé n'est plus.

Il y a d'autres jours. J'en ai connu de pires,

J'en ai connu de mieux. Ils sont tous révolus.

Le balancier des jours est un maître absolu.

 

Ce n'est pas le progrès que je crains ou regrette.

Au contraire, j'attends qu'il amène avec lui

Ces heureux temps nouveaux promis par les prophètes,

Cette aurore attendue au profond de la nuit :

Que le bel avenir soit enfin l'aujourd'hui !

 

Car je suis impatient et sans doute crédule

D'espérer voir changer le monde autour de moi.

« Trop vieux », me disiez-vous ? Qui marche ? Qui recule ?

On pille, on frappe, on tue. La misère s'accroît,

Et le profit partout sait imposer sa loi.

 

Pardon ? Que disiez-vous ? Vous rêviez d'autre chose

Que la nuit, dormant sur les trottoirs, tous ces gens ?

Ils payent la rançon du progrès, je suppose...

Comment faire ? Aujourd'hui, nous n'avons plus d'argent :

Nous avons des besoins diablement plus urgents !

 

Télévision, radio, téléphone portable,

Voiture, ordinateur, internet et Mac Do,

À portée de la main ce monde délectable,

Sexe, sable, soleil, vous offre ses cadeaux,

Sa virtuelle vertu, son crédit, son credo.

 

Et nous sommes si loin de la terre promise !

On regarde, on attend, on guette ce qui vient :

La barbarie barbue et ses femmes soumises,

Les foules désœuvrées qui n'espèrent plus rien

De la médiocrité de nos politiciens.

 

Je suis vieux. Mais pourtant je voudrais que tout change,

Voir enfin rajeunir ce monde sclérosé !

Qu'on soit plus audacieux, moins sage, qu'on dérange

Ce désordre établi, ce couvercle posé

Sur la vieille marmite, et que l'on ose oser !

 

Petits vendeurs de drogue et rois de la finance,

Ceux d'en bas, ceux d'en haut, nos vies dans leur étau,

Écrasées, pressurées, tout à leur convenance.

Quand brillent les châteaux, quand brûlent les autos,

Le peuple souverain retourne à son loto.

 

Dépassé, dites-vous ? Mais ce monde immobile

N'en finit pas de s'abandonner aux escrocs,

Pendant que s'égosille un babillard habile,

Grand Président qui sourit en montrant ses crocs.

Ses doigts crochus dans ma poche ont fait un accroc.

 

Voilà le capitaine aux fils d'or sur sa veste.

Levons l'ancre ! Voici le temps d'appareiller.

Je mourrai, jeunes gens, et vous ferez le reste.

Mes regrets ? Ce seront les amours défeuillées,

Les amis disparus — le parfum des œillets.

 © Jacques Charpentreau.  Mes Bêtes noires.

Source: le blog du journal La Croix " Au cabaret du bon Dieu".

 

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Photo Flickr.

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Published by André Lugardon - dans journalperso
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commentaires

André Lugardon 17/02/2011 10:20



Merci Euterpe de votre commentaire et merci de m'autoriser à faire mention de votre texte sur Jeanne d'Albret qui se trouve sur votre blog.  J'invite les visiteurs et visiteuses de mon blog
à parcourir le vôtre.



Euterpe 16/02/2011 18:33



Excellent poème et très belle photo. Moi qui croyait que la poésie pamphlétaire était morte!



anne marie 11/02/2011 01:05



Un brave homme trouve la mort dans un accident. Il se retrouve au purgatoire devant Saint Pierre. La première chose qu'il voit c'est un mur très long où sont accrochées des
horloges. Sous chaque horloge, des noms : Berlusconi, Blair, Obama, Poutine, Margaret. Il demande à Saint Pierre : "C'est curieux ces horloges ? C'est quoi ?" et Saint Pierre répond : "C'est
simple... Ce sont les horloges de leur vie ! A chaque fois qu'ils disent une grosse connerie, l'horloge avance d'une heure en moins sur leur vie. Deux conneries, deux heures en moins et ainsi de
suite."
"Ha, très bien, mais c'est curieux, je ne vois d'horloge avec Sarkozy ? Pourtant c'est un grand personnage aussi ?" Saint Pierre réfléchit, pensif. "Sarkozy ? Ah, oui, Sarkozy. Je l'ai mise sur
mon bureau, elle me sert de ventilateur !"



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