Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 20:29
Lucbardez. Jeudi 7 Janvier 2010

Réunion d’information publique concernant le tracé de la LGV.

On eut dit la Cène, en triste. Le 7 janvier, un échantillon assez représentatif de la population de Lucbardez s’était donné
rendez-vous, sur invitation de son Maire, à assister à une réunion d’information concernant le tracé de la LGV impactant durement le village. Invités à informer, messieurs Coz et Allard, respectivement représentants de Réseau Ferré de France et d’INEXIA, savaient à quoi s’attendre, comptant qu’on n’attend jamais l’inattendu. Dans le coin droit, invités de dernière minute, la présidente de la Communauté d’Agglomération du Marsan, ainsi que Mr Cazade, conseiller général
du canton, venus appuyer de leur personne, le projet et leurs représentants. Devant le désarroi des habitants réunis, le sapin de noël rutilant en fond de scène et la gravité des faciès, 2010 commence, la réunion aussi, sur un ton bien pathétique. Il s’en est fallu de peu que le débat ne dérape. Le maire de Lucbardez introduit les débats, énumérant les étapes du projet concernant sa commune et les alentours, ému de tant de gravité, tiraillé comme aucun surement n’aimerait l’être. A la fin de cette introduction laborieuse retraçant la chronologie du projet depuis 2006, il y eut un court instant où personne n’eut rien à dire, comme quand la pelote de paille passe chez Sergio Léone. On oublie que Robert Dueso était dans les rangs de la manifestation du 28 novembre 2009 à Langon, contre le projet. Un agriculteur le sait pourtant, on ne fait pas la pluie et le beau temps. Alors, droit dans son col, Coz causa. On eut droit à un exercice de style, d’une froideur à laquelle on reconnait les gens de cette trempe. Fier de son produit, aux portes de la gloire, tout y passa en 10 minutes monotones, sur le thème du soir. A savoir, le quatrième fuseau (tracé) possible, élégamment baptisé “fuseau Centre Ouest“, ou “fuseau des maires“. On raconte qu’il a failli s’appeler le “fuseau Francis Planté“, en hommage au pianiste de St Avit, dont le Maire était aussi présent au débat. Rodé à ce genre d’exercice, celui qui annonce “ne pas en être à sa première LGV“ énumère froidement les zones impactées, sous le regard médusé d’une assemblée triste. Chacun cherche son toit sur la photo satellite projetée au mur. De part et d’autre de l’écran, les paquets-cadeaux de noël sont encore accrochés au mur. Le décor colle au discours, Coz déballe son jargon technique à un rythme où aucune information n’est compréhensible, aucune analyse possible. Bien étrange manière de souhaiter les vœux de bonne année à une assemblée. Un collectif d’opposants s’étant positionné contre ce fuseau en particulier, il devait donc être le thème du débat. Un collectif de gens informés et influents, qui, de l’aveu d’un de ses membres, masque derrière cette opposition à ce fuseau, une réelle opposition au projet dans son ensemble. Une opposition réaliste, pragmatique. Il  est soudain question de lieux-dits, de chemins, de champs, des bois d’un tel, de la propriété de Monsieur, on joue à « on vous l’avait bien dit ! – vous nous avez rien dit ! » et rapidement les masques sont tombés. Abcès crevé. Mr Coz eut un sourire, il lui faudrait sortir sa règle et son stylo laser, il deviendrait alors cet oracle à lunettes qui trace les voies. Ce qu’il fit. Dès lors, atteint ce stade, le débat aurait dû suivre son cours, entre empoignades et démonstrations compatissantes du spécialiste en bons sentiments ferrés. Un habitant prit soudain la parole. Répondant aux antipodes de la démonstration de Coz. Cet habitant visiblement ému déplaça le débat sur la question de l’utilité même de ce projet de LGV, faisant aussitôt retomber le soufflet de Coz. Il dévoila une réalité que d’autres taisent volontiers : la population de Lucbardez ne veut pas de ce tracé ! Pire, elle ne comprend absolument rien de ce qui lui est raconté à ce moment précis. Renvoyant dans son camp le seul participant au débat en costume cravate, la tenue du spécialiste, cet intervenant mit à l’ordre du jour la seule question de fond jamais posée à ses concitoyens. Faut-il accepter cette fatalité ? Ce débat devait permettre au moins que nous nous entendions sur les mots que l’on emploie. C’est en ce sens que Geneviève Darrieussecq prit la parole, elle prétendit d’emblée vouloir “remettre les pendules à l’heure“. Déterminée, échaudée par une telle opposition, elle prit la parole avec vigueur rappelant à qui pouvait bien le comprendre l’intérêt général du projet. A posteriori, le problème de cette réunion c’est le champ d’incertitudes qu’elle laisse derrière elle. En effet, Madame la présidente de la Communauté d’Agglomération du Marsan, le problème est bien là. Il s’agit d’un problème d’intérêt général, il s’agit en effet d’ajuster son horloge, à l’heure de Copenhague par exemple. Il y a donc visiblement plusieurs définitions de ce qu’est l’intérêt général, l’une défendue par ceux qui nous faisaient face, prend pour arguments le désenclavement du département, le développement économique, l’amélioration de la capacité à circuler, la poursuite de cette fuite en avant dans un endettement insensé de nos collectivités, basé sur de très hypothétiques profits et plans de développement… Là aussi il me semble que nous devrions nous entendre sur ce qu’est le développement. Que l’on m’explique une bonne fois pour toutes quel indicateur fixe l’intérêt général ! L’intérêt général s’apprécie à l’échelle d’une communauté, alors que l’intérêt public, lui, s’apprécie à l’échelle du pays. Il semble donc que ce projet ne défende en rien l’intérêt général de la communauté des habitants aquitains concernés par ce projet. Ils n’ont pas été consultés, aucune concertation, aucun consensus ne leur a été proposé, aucune alternative autre que de quitter la zone impactée. Drôle d’intérêt général. S’il eut été question 2 minutes d’intérêt général dans ce département, nous aurions indemnisé les sylviculteurs, principaux acteurs de notre cadre de vie, on légifèrerait sur l’usage des pesticides et interdirait à Monsanto du côté de Peyrehorade de racketter nos agriculteurs en plus de les empoisonner. Au lieu de cela l’opération Landes 2040 prétend sans détours vouloir faire des Landes “la Californie française“. Prochaine étape ? Une centrale nucléaire ? Car au passage, il faut un bon paquet d’énergie à un train pour dépasser les 300 km/h. Combien coûtera l’énergie en 2040 ? Bien heureux les décideurs qui le savent, alors empressons nous de boucler ces grands travaux, ils sont la seule condition de survie de nos grands groupes industriels. Ces choses méritent d’être claires. En attendant, on construit des ronds-points en chapelet de l’A65 et dans leur sillage, un réseau ferré ruineux. Le saviez-vous ? Certains travailleurs employés par Eiffage sont contraints de dormir dans leur voiture ou dans l’unité d’accueil d’un centre pour sans abris de Mont de Marsan. Quel progrès ! Le voilà cet intérêt général, il arrive un beau jour en costume-cravate dans votre mairie, il s’entoure d’élus pris au piège du financement de leurs collectivités, il se moque de ce que vous pensez, et adore appeler un chat un chien. Il conviendrait de savoir calculer la dépense générale avant d’envisager l’intérêt. Dans la tradition chinoise, on n’indemnise le médecin que si l’on est en bonne santé. Dans une situation économique pour le moins troublée, à l’orée de temps que l’on nous promet plus raisonnables, plus près de l’Humain et de son habitat, au lendemain d’un Grenelle qui aurait pu stopper cette autoroute scandaleuse, imposer à la population landaise concernée, et à ceux qui en subiront les dégâts collatéraux, un projet d’une telle envergure relève du mépris d’existence. Ce n’est en aucun cas refuser le progrès que de donner cette
définition de l’intérêt général, en tant qu’il est une somme, jamais identique, d’intérêts particuliers, et non la satisfaction
d’intérêts particuliers. Pourquoi l’intérêt général ne saurait être  raisonnable, conscient et proche ? Pourquoi faut-il qu’il soit ruineux, démesuré, bruyant, rapide ? Mettre ainsi une population devant un fait acquis, entériné de longue date, soi-disant concerté et réfléchi, prétendu indispensable, c’est focaliser le seul débat ouvert à ces gens, dont je fais partie, sur des questions subsidiaires. On nous annonce à la tribune que le seuil légal de nuisances sonores est de 60 dB. RFF se doit de respecter la législation… Ouf ! On omet cependant de nous dire que ces 60 dB seront mesurés à l’intérieur de
l’habitation, et non dans le jardin. On omet aussi de nous dire qu’un TGV en phase de freinage explose le seuil de 60 sur le dB-mètre. En somme, quand on n’oblige pas les gens à s’équiper en double-vitrage pour des raisons environnementales et économiques, on les y oblige par la voie des oreillettes. Acheter des choses, ça peut toujours servir. Toujours par la voix de Mr Coz, on nous parle de “lignes paysagées“, comprendre en harmonie avec le paysage. On omet de nous parler de la destruction des nappes phréatiques due à l’implantation des caténaires. Qu’est ce qu’un paysage sans l’eau dont il a besoin ? Aussi simplement que “pas de forêt sans forestier“, “pas de nature sans eau“.
Il y a des questions simples qui resteront sûrement sans réponses. Seules les conséquences donneront les réponses. “Paysager une ligne“ dans un département dévasté par une tempête, scindé par une autoroute et pourri d’engrais et de pesticides jusqu’aux racines devient donc un jeu d’enfant pour vous et vos hommes. N’oubliez pas, en passant par chez nous, de bien faire attention aux petites bestioles que vous embêtez, aux agriculteurs qui ont eux une réelle mission d’intérêt général, celle de nourrir les Hommes, aux chasseurs qui savent le prix de la terre, à tous ceux qui peuplent
ces régions depuis des générations et qui ont choisi d’y rester car au risque de paraitre insensé, l’enclavement, ça a son charme. Essuyez vous les pieds en rentrant et la prochaine fois, tombez la cravate, vous aurez l’air un peu plus sympathique. Vous êtes vous une fois posé la question ? Mieux vaut-il être à 5 h de Paris ou à 5 minutes d’une rivière ? Une distance est une distance, une vitesse permet de la parcourir. Vers où allons-nous si vite pour considérer que le gain de 30 minutes sur un Bordeaux-Paris vaille la peine de saccager une région ? Il est des métiers que je n’envie pas ; et le vôtre Mr Coz, ce soir, dut vous paraître bien pénible. A moins qu’au fond vous n’y ayez pris un certain plaisir. Car à plusieurs moments où inévitablement le débat prit cette allure de pugilat rural dont seul Goscinny sut rendre la superbe, vous vous faisiez discret, vous effaciez soudain votre éminent discours glacé, derrière un rictus de joie, froide, à peine perceptible, distante. Un petit sourire de rien du tout, que si j’avais été photographe je n’aurais pas manqué d’immortaliser. Vous faites un bien beau métier Mr Coz, qui par votre simple venue, chair à canon des temps modernes, mettez un terme à la vie d’un village tel que tous ses habitants souhaiteraient qu’il reste. Vous méprisez la douleur et compatissez de la cravate Mr Coz, noyez de statistiques et de stylo laser des personnes âgées qui, 5 minutes après le début de votre démonstration, se rendaient enfin compte que vos mouvements de sémaphore faisaient bouger un petit point rouge sur une carte projetée, dont elles n’avaient pas compris qu’il s’agissait de Lucbardez vue de satellite.
Conscient d’avoir à noyer sous les informations, les chiffres et les arguments vous multipliez les hypothèses comme les tracés, au gré de la vindicte. Ce faisant, vous donnez vie à un débat qui n’a pour objectif que de diviser la population locale, qui, soumise à l’information qu’elle reçoit, ne comprit strictement rien de votre jargon, se raccrochant aux quelques branches accessibles, celles de la querelle, de la jalousie, de la vanité et de la cupidité. Pire, vous prenez aux tripes une population en vous attaquant à ce chantier comme on va-t-en guerre. Dans vos premiers mots, vous traitiez Lucbardez de “difficulté“. En vous remerciant ! Misérable conspirateur, dans ce théâtre, vous étiez sur scène mais nous étions les acteurs. D’autres se seront chargés de rendre compte de cette réunion. D’autres sauront démonter votre argumentaire Mr Coz. D’autres sauront dire à quel point Robert Dueso se sentit bien seul à la tribune, une fois partis Geneviève Darrieussecq et Christian Cazade quand ils sentirent l’heure et le vent tourner. Il y a 3 ans, Geneviève Darrieussecq rebaptisait ce projet “LGV ou Landes Vitalité Gagnante“. Elle affichait dans une tribune, comme première option d’aménagement, le passage à 4 voies du tracé existant. C’était alors la promesse d’un autre Mont 2, un monde
conscient des erreurs du passé, promesse d’un avenir réaliste. Une belle promesse que cet autre Mont 2, qui n’engage aujourd’hui que ceux qui l’écoutèrent hier. A moindre coût, financier, environnemental, humain, Mont de Marsan
aurait pu avoir un TGV dans sa gare existante. Le réaménagement du tracé eut été couteux certes, mais il y a certains coûts qui ne se chiffrent pas. Ce jeudi 7 janvier, minuit, alors que s’achève cette réunion d’information, le ton monte et reprend la forme d’une querelle de clocher. On ignore encore beaucoup de choses de ce projet, Mr Coz a répondu à côté des questions dérangeantes, Mr Dueso reste empêtré dans la querelle, Mme Darrieussecq a fait son job en appuyant jusqu’à la mi-temps son administré, Mr Cazade a fait le sien, en remerciant RFF de sortir les Landes de leur enclave verte. En somme, tout le monde a bien fait son boulot, dans l’incompétence la plus totale, jusqu’au journaliste du journal local, qui sut à merveille relater une version bien subjective de cette réunion d’information. On se souviendra de ce qui se dit “en Off“ Mr Coz. On se souviendra des interventions musclées de membres du CADE ou de la SEPANSO qui surent pointer du doigt les vrais problèmes liés à ce projet. Ils surent, comme le soulignait un des habitants de Lucbardez, “nous dire vraiment ce qui se passe“, ils surent vous déstabiliser d’homme à homme, ils surent parler de la révolte des Basques, portée par 29 maires des Pyrénées Atlantiques, de l’engagement du président du Conseil Général du Tarn qui déclarait aux Echos le 6 janvier 2010 que si la population était contre “cela ne se fera pas“, poursuivant qu’il n’irait pas à l’encontre des hommes et femmes de son département. Faut-il y voir une autre définition de l’intérêt général ? Ils surent dire ce que vous ne voulez surtout pas entendre, en s’invitant là où on ne les invite . Quand aurez-vous le courage de cesser de nous baptiser “opposants“. Vous vous opposez à un bonheur simple, vous vous opposez au maintien de notre qualité de vie, vous vous opposez à des chiffres que vous dissimulez, vous vous opposez à la prudence énergétique, à la sauvegarde de l’environnement. Et c’est nous que l’on traite d’opposants, mais pour ce faire encore faudrait-il que vous nous écoutiez, Mr Coz. Vous préférez sourire discrètement et laisser ces villageois s’étriper à coups de fourche, rentrer chez eux en tracteur, s’éclairer à la bougie. Ce que vous ignorez, Mr Coz, c’est que, comme dans Astérix, tout s’est bien fini, autour d’un apéro, en guise de sanglier. Ceux qui voulaient partir sont partis et ceux qui sont restés ont bien ri, pour pas pleurer ou s’engueuler. Vous étiez le barde qui seul manquait au banquet, à accrocher au sapin de Noël. Souffrez désormais que nous rentrions en résistance, là aussi il faudra être prudent sur l’étymologie, en 1940, on baptisait “terroristes“ ceux que l’on honore aujourd’hui du terme de  “Résistants“. Nos enfants vous accuseront, ils sauront appeler un chat un chat et honorer ceux qui auront défendu le pot de terre contre le pot de fer.

Pantxo Desbordes
Citoyen landais.
Habitant de Lucbardez

1256241656_3d4e3f86a8.jpg

Source photo: Flickr.




Partager cet article

Repost 0
Published by André Lugardon - dans journalperso
commenter cet article

commentaires

Recherche

Articles Récents