
source photo: flickr.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Source: Posté le 10 août 2009 à 10h56 par annemarie sur le blog de bruno frappat.
Source image: flickr.



" (...) Au cours des deux cents dernières années le merle a abandonné les forêts pour devenir un oiseau des villes. D'abord en Grande Bretagne, dès la fin du XVIII e siècle, quelques dizaines
d'années plus tard à Paris et dans la Ruhr. Tout au long du XIX e siècle, il a conquis l'une après l'autre les villes d'Europe. Il s'est installé à Vienne et à Prague aux environs de 1900, puis a
progressé vers l'est, gagnant Budapest, Belgrade, Istanbul. Au regard de la planète, cette invasion du merle dans le monde de l'homme est incontestablement plus importante que l'invasion de
l'Amérique du Sud par les Espagnols ou que le retour des Juifs en Palestine. La modification des rapports entre les différentes espèces de la création ( poissons, oiseaux, hommes, végétaux ) est
une modification d'un ordre plus élevé que les changements dans les relations entre les différents groupes d'une même espèce. Que la Bohême soit habitée par les Celtes ou par les Slaves, la
Bessarabie conquise par les Roumains ou par les Russes, la Terre s'en moque. Mais que le merle ait trahi la nature pour suivre l'homme dans son univers artificiel et contre nature, voilà qui qui
change quelque chose à l'organisation de la planète. Pourtant, personne n'ose interpréter les deux derniers siècles comme l'histoire de l'invasion des villes de l'homme par le merle. Nous sommes
tous prisonniers d'une conception figée de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas, nous fixons sur l'important des regards anxieux, pendant qu'en cachette, dans notre dos, l'insignifiant
mène sa guérilla qui finira par changer subrepticement le monde et va nous sauter dessus par surprise. (...) "
Milan Kundera.
" Le livre du rire et de l'oubli."
Pages 296/297
Collection Folio, 1831
source photo
(...) " Le malade qui a été loin de chez lui pendant des mois y revient comme quelqu'un à qui tout est devenu étranger, et qui doit peu à peu et à grande peine se familiariser à nouveau
avec tout, tout se réapproprier: quoiqu'il ait pu posséder, il l'a , entre-temps , réellement perdu , et il lui faut maintenant le retrouver. Et comme le malade, par définition, est toujours
abandonné à lui-même - tout ce qu'on dit d'autre n'est qu'un mensonge éhonté - , il doit faire appel à des forces tout à fait surhumaines s'il veut pouvoir reprendre là où il s'est interrompu,
des mois , ou , comme à plusieurs reprises dans mon cas , des années plus tôt. C'est une chose que le bien portant ne comprend pas , il s'impatiente tout de suite , et , justement par son
impatience , il rend difficile au malade de retour chez lui ce qu'il devrait lui faciliter. Les biens-portants n'ont jamais été patients avec les malades , et , forcément , les malades pas
davantage avec les biens-portants , il ne faut pas l'oublier. Car , de tout , le malade attend beaucoup plus que le bien-portant , qui n'a pas besoin de tout en attendre , puisqu'il est en bonne
santé. Les malades ne comprennent pas les biens-portants , tout comme , inversement , les biens-portants ne comprennent pas les malades , et ce conflit est très souvent un conflit mortel , que le
malade , en fin de compte , n'est pas de taille à affronter , mais , bien entendu , pas davantage le bien-portant , qu'un tel conflit , souvent , rend malade. " (...)
Thomas Bernhard
" Le neveu de Wittgenstein"
Page 65 , collection livre de poche folio, 2323
Source photo.
" L'Amour vit d'inanition et meurt de nourriture" ( Alfred de Musset )
" Il faut toujours faire attention à ce qu'on mange. Le manger c'est beaucoup plus que du manger. C'est de l'Amour." ( Jean Marie
Gourio )
" Le soir j'étais triste car j'avais mangé des anchois. Le matin le médecin me réconforta; pourquoi être triste? Après tout j'ai mangé les anchois, les anchois ne m'ont pas mangé." ( Franz Kafka )
" Quand on a trop mangé l'estomac le regrette et quand on n'a pas assez mangé l'estomac le regrette aussi." ( Pierre Dac )
" Il ne faut pas tant regarder ce que l'on mange que celui avec lequel on mange." (Epicure)
" Lire c'est boire et manger. L'esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne ne mange pas." ( Victor Hugo )
Source photo: le site www.flickr.com
« (...) Le véritable ami est celui à qui l'on peut tout dire. Oui je peux lui faire des confidences que je ne ferais pas à ma compagne, craignant qu'elle n'en prenne ombrage, je peux me montrer à lui sous mon plus mauvais jour – plaintif, râleur, d'humeur sombre - , délivré de tout souci de séduire comme si notre amitié était acquise une fois pour toutes et qu'il n'y avait aucun effort à faire pour la maintenir vivante. Pas de flatteries entre nous, aucune complaisance. Je peux le taquiner sur certains de ses travers, sur ses manies,et lui s'emploie à me rendre la pareille. Nous en rions ensemble, à condition de ne pas aller trop loin. Ce n'est pas tant l'ami que nous craignons de blesser, c'est notre amitié que nous ne voulons pas risquer de mettre à mal. Il y a des limites à ne pas franchir. Le « tout dire » doit être évité dans tout couple sous peine de drame ou de rupture, le couple d'amis ne fait pas exception. (...) »
« Le songe de Monomotapa »
Gallimard, nrf.
Page 124


La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa, par Pierrette Fleutiaux
Si j'étais un homme pieux, voici ce que je proposerais. La femme est un être faible, soumis à toutes les
tentations, nous le savons depuis la nuit des temps. Elle est concupiscente, tout entière la proie de pulsions condamnables. Son corps aspire à celui de l'homme, la société doit maîtriser ce
corps, dès son plus jeune âge. La burqa peut sembler une réponse appropriée. Contraindre les mouvements de la femme, la ramener à la modestie, encadrer les désirs sauvages qui lui sont naturels,
qui troublent son esprit et corrompent la société, relève du devoir de l'homme respectueux de l'ordre divin. Cependant, peut-être avons-nous fait erreur non pas dans l'interprétation de la loi
divine, mais dans les moyens de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme, même derrière un grillage, même dans la fente du niqab, restent libres. La vision périphérique en est certes
limitée, mais la perversité naturelle de la femme lui fera trouver le moyen de contourner ce léger handicap. La femme en burqa continue de voir. On imagine quelles turpitudes alors peuvent agiter
son esprit. Cachée sous son voile intégral, la femme peut encore se livrer à la débauche mentale. Une solution serait de l'aveugler totalement,
par le moyen d'un bandeau ou tout autre moyen non cruel mais efficace. Cette solution est à écarter : la femme ne pourrait plus en effet accomplir les tâches auxquelles la destine sa condition
subalterne : nourrir l'homme et ses fils, conduire les fils de l'homme à l'école, et faire toutes choses qui dégagent l'homme des tâches matérielles, facilitent l'exercice de son vouloir et son
étude des textes sacrés. Je soumets ici une modeste proposition à mes frères. Que les hommes portent la burqa, qu'ils s'approprient ce
vêtement que dévoie trop facilement la femme. L'homme est beau, l'homme est la création première de Dieu, la femme le désire indécemment. Ne lui donnant pas la liberté de convoiter, ne tentons
pas sa faible nature.
Voyez l'homme derrière lequel marche la femme en burqa. Même voilée, justement parce que voilée, elle a toute licence de contempler les bras que montrent les chemisettes d'été, les pieds dans les
sandales, les fesses agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons, les poitrines mâles et les visages nobles. L'homme croit avoir mis la femme à l'abri de tout danger dans sa prison
portative de la burqa. En réalité, il lui accorde une liberté scandaleuse. L'homme en burqa brisera net l'élan pervers de la femme. Ces
yeux brillants, qui transpercent le voile le plus épais, se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la journée, elle n'en sera dans sa maison que plus portée à répondre aux besoins sexuels
légitimes de son époux. Que la femme aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu'elle ne manquera pas de se choisir. Son regard s'épuisera sur les autres femmes, elle y verra comme dans un
miroir sa propre indécence, sa futilité même la détournera de toute compétition malsaine avec l'homme. Quant à cette exposition de la féminité, elle ne saurait nuire à l'homme. Il s'y verra
conforté dans son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable
communauté masculine. Repoussons cette croyance absurde qu'il faudrait voiler les femmes pour que les hommes ne soient pas portés à désirer
celles d'autrui. Une telle croyance est mécréante : elle accrédite l'idée que l'homme a été créé libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que, devant toute femme passant
sous ses yeux, s'éveille aussitôt en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l'oeuvre de chair. L'homme a en lui la force de l'âme et le respect naturel de l'ordre divin. L'homme
n'a rien à craindre des misérables appâts de la femme. Enfin, reconnaissons qu'il y a grand danger à abandonner les fils de l'homme aux soins de la femme. Son faible entendement ne peut que leur
nuire. A l'homme de prendre en charge l'homme dans le nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements
erratiques vers l'extérieur, qu'elle s'en aille piailler dans les assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le foyer sacré de l'homme. La dignité de l'homme exige qu'il porte
la burqa. La burqa est faite pour l'homme.
Article paru dans l'édition du Monde du 05.07.09.