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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 19:15

Dernièrement, une ancienne élève, maman d'une petite fille de 8 ans et d'un petit garçon de 5 ans, m'a laissé un message sur mon répondeur. Elle souhaitait me rencontrer. Nous nous sommes donnés rendez-vous à la bibliothèque municipale. Pendant que ses enfants consultaient des livres, nous nous sommes assis à une table un peu à l'écart. En quelques mots, en retenant ses larmes, elle m'a annoncé que sa mère avait la maladie de Charcot (1). Elle m'a expliqué la terrible réalité de cette maladie mortelle que nous ne savons pas guérir. Et elle m'a alors demandé: « Comment je vais le dire aux enfants, comme je vais faire avec eux? Comment je vais faire avec ma mère? »

Je lui ai dit que je ne savais pas. Un long silence s'en est suivi. Nous avons tous les deux baissé la tête, perdus dans nos pensées. Puis nos regards se sont portés vers les enfants. Je me suis souvenu de mon métier d'instit.

Je lui ai alors dit: « Il y a des livres(2) qui présentent la maladie, la vieillesse, la mort aux enfants. Demande à la bibliothécaire de t'en prêter. Si tu es d'accord, je peux t'envoyer par texto deux numéros de téléphone de couvents où tu trouveras des religieuses pour t'écouter, te soutenir. Je peux aussi te donner le numéro de téléphone d'un prêtre qui peut t'aider. Il y a des associations cathos(3) qui accompagnent les malades et leur famille. Ne reste pas toute seule face à ce qui vous arrive. Je vais chercher sur internet comment répondre aux questions que tu m'as posées. Je t'envoie par mail ce que je trouve. »

Nous sommes restés encore un peu ensemble. Elle m'a posé quelques questions: sur mes enfants, petits-enfants, comment se passait ma retraite? Je lui ai demandé des nouvelles de camarades de sa classe. Nous avons évoqué nos bons souvenirs communs. Puis nous nous sommes quittés.

De retour à la maison, j'ai consulté internet pour en savoir plus sur la maladie de Charcot, sur l'aide aux malades et à leur famille . Voici ce que j'ai envoyé par mail à « mon » ancienne élève:

Ne pas annoncer la maladie d'un être proche à ses enfants le soir avant d'aller se coucher mais plutôt en début de journée.

Ne pas cacher sa peine, son chagrin, son inquiétude mais essayer de ne pas se laisser envahir par ses émotions.

Ne pas en dire trop, ne pas rentrer dans les détails, attendre les questions des enfants. Essayer d'être bref et concret.

Répondre à leurs questions sans mentir, sans se mentir. Ne pas avoir peur de parler vrai. Ce qui fait peur aux enfants c'est ce que nous ne disons pas. Ils peuvent alors se laisser emporter par leur imagination et « se faire des films » effrayants.

Il faut réfléchir avec eux comment continuer à maintenir un lien avec la personne aimée malade. Dessins, lettres, visites gentilles, appels téléphoniques.

Il faut faire confiance à la capacité de compréhension et d'adaptation des enfants, à leurs désirs de bien faire. Avoir fait du bien à la personne malade les réconforte quand vient la mort.

Ne pas hésiter à se faire soi-même aider, conseiller. Ne pas rester seul face à l'épreuve.

J'ai ajouté un petit mot au mail que j'ai envoyé à mon ancienne élève. Je lui suggéré d'interroger sa mère pour décider ensemble de ce qu'elle pouvait faire pour elle et de la conduite à tenir avec ses petits-enfants. Je lui ai dit de me rappeler si elle avait besoin de moi. Je lui ai demandé de bien vouloir me donner de temps en temps des nouvelles de tout le monde. Et maintenant quand je suis seul face à moi-même, je prie en silence pour eux.

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Published by André Lugardon
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commentaires

A.L 02/03/2015 19:29

(3) Fraternité Chrétienne des Personnes Malades et Handicapées. (FCPMH) : http://www.fcpmh.fr/
Alliance Vita: www.alliancevita.org

A.L 02/03/2015 19:28

(1) « L'arbre sans fin », Claude Ponti, « L'Ecole des Loisirs »,1997.
« Au revoir Blaireau »,Susan Varley, Folio Benjamin, 1986.
« Au revoir Grand-père », Una Leavy, Jennifer Eachus, Bayard, 1996.
« Temps gris », Pierre Bertrand, Milan Jeunesse, 2007.

A.L 03/03/2015 18:46

Lire (2) bien entendu et non (1)

A.L 02/03/2015 19:27

(1) maladie neurologique à évolution rapide presque toujours mortelle et qui attaque directement les cellules nerveuses responsables du contrôle des muscles volontaires. Dans le cas présent paralysie de la langue qui devient de plus en plus importante, entraînant de plus en plus de difficultés pour parler, manger et respirer. Perte progressive de la parole mais pas de la conscience. Communication à l'aide d'une ardoise effaçable et/ou par textos. Le traitement médical prescrit s'efforce de ralentir le processus mais ne l'arrête pas.

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